mardi 2 mai 2017

JOHN ZORN - The testament of Solomon

Le rappel de Bill Frisell avait été particulièrement une bonne idée de la part de John Zorn : son ancien guitariste de Naked city, associé avec son ancienne compagnon de route Carol Emanuel à la harpe et Kenny Wollesen (lui, récurrent dans le cercle zornien pour le coup) au vibraphone, avaient donné naissance à un superbe premier disque d'easy listening spirituel. Ce que l'on savait moins à l'époque, c'est que les trois musiciens allait devenir l'un des multiples groupes de Zorn (intitulé "The gnostic trio") et que plusieurs chapitres allaient donc voir le jour (en revanche, aucun live ne semble avoir été programmé à ma connaissance). Avec son sous titre explicite, on peut être certains que les titres présents sur ce disque devaient s'associer avec la pièce vocale "Shir Hashirim" mais la mise en œuvre live de ce projet n'aura jamais aboutis. Mais rien ne se perd chez John Zorn, alors il a de nouveau convoqué le trio pour enregistrer 11 nouveaux titres qui tirent effectivement vers le lyrisme du Book of angels, avec pour principale influence le testament de Salomon, dont je vous laisse vous référer, et qui permettent de déceler de petites influences juives sur certaines mélodies. Alors évidemment, on pourra toujours sortir la rengaine que Zorn tourne un peu en rond, que tous les disques du Gnostic trio se ressemble, que l'inspiration semble de tarir un petit peu. Certes des critiques légitimes, mais on oubliera dans ce cas la un point essentiel : ce disque est BEAU. Fondamentalement d'une beauté intrinsèque. A son écoute, vous regardez un paysage, et pleins de choses vous passent par la tête, des émotions vous parcourent. Et ce n'est pas donné à tous le monde de pouvoir créer cette sensation musicale. La performance des musiciens est de nouveau exceptionnelle, et elle permet d'inscrire à Zorn un superbe chapitre à son œuvre...

samedi 15 avril 2017

GEORGE LEWIS / WADADA LEO SMITH / JOHN ZORN - Sonic rivers

La toute dernière série Spectrum de Tzadik demeure un petit peu fourre tout : On pensait qu'on allait y retrouver des associations exceptionnelles de musiciens, des disques majeures de la scène expérimentale, et on se retrouve dans une catégorie qui a juste l'air de faire la continuité de la Composer serie sur certaines signatures, voire de la Key serie, ces deux dernières catégories de Tzadik ne jouissant plus de tout de nouveaux chapitres, juste quelques rééditions franchement inutile. Mais pour le démarrage de la série Spectrum, Tzadik nous sortait une collaboration aussi marquante qu'improbable de trois compositeurs que les fervents du label connaissent bien : George Lewis, professeur de renom et auteur de plusieurs opus sur la composer, Wadada Leo Smith, compositeur de renom et auteur d'une bonne poignée de disques sur Tzadik (Composer et key serie essentiellement) et John Zorn que je ne vous ferais pas l'affront de présenter. L'association Trombone, Trompette et Saxophone Alto demeure assez folle, on dirait vraiment une discussion impromptus de cuivres au jazz-bar du coin de la rue. On imagine les trois amis s'amuser comme des fous durant la journée d'enregistrement, le résultat sonnant comme de l'improvisation à la technique hallucinante, mais à l'émotion assez contenu. Mais ce disque ne demeure que du fun à priori, et ouvrait avec brio la Spectrum serie, l'ensemble couronnée par un artwork assez lunaire de Leo Smith...

dimanche 9 avril 2017

JOHN ZORN - Myth and mythopoeia

Suite des péripéties de John Zorn qui s'attelle à la musique de chambre contemporaine ; je pense d'ailleurs qu'à terme, il composera beaucoup plus dans ce style, c'est dans cet univers qu'il s'éclate le plus apparemment (Oubliez donc les délires à la Naked city et autre Painkiller). Sur un artwork de Gustave Klimt, "Myth and Mythopeia" (quel titre !) se décline donc en plusieurs parties avec différents musiciens à l'œuvre. "Pandora's box" ouvre le disque avec un string quartet classique sur lequel s'exprime une cantatrice (Sarah Maria Sun) qui œuvre en allemand, et qui a la particularité de parfois hurler comme une démente ce qui apporte une vrai innovation pour le coup. 13 minutes complexes qui raconte une histoire, toutes les inspirations des morceaux sont mentionnés dans le livret que je vous laisse le soin de consulter, l'ensemble est assez complexe et fastidieux pour le coup. "Missa sine voces", seconde pièce de 13 minutes a été enregistré au Miller theater lors des concerts évènements pour le 60 ans du maitre New yorkais : ayant pour principale influence Webern, un ensemble de cinq musiciens (piano, harpe, percussion, vibraphone et carillon !) et d'un conducteur donne naissance à une superbe instrumentation à la sonorité également innovante dans l'univers Zornien avec la présence de ce carillon. Une atmosphère mystérieuse se dégage, tantôt apaisante, tantôt inquiètante, une vrai réussite. Les 3 dernières pièces sont du Zorn archi classique : violon solo sur l'une, duo violon-violoncelle sur l'autre, et trio violon-violoncelle-piano pour la troisième avec toujours Stephen Gossling entre autres. Hyper technique, pas forcément mauvaises, ces morceaux ont cependant le défaut de ne pas du tout surprendre l'audience de Zorn qui est habitué à ces performances. Une pierre de plus à l'immense œuvre de Zorn, recommandez pour les fervents de contemporain...

dimanche 26 mars 2017

JOHN ZORN - In the hall of mirrors

John Zorn nous rappelle dans le livret que l'ensemble Piano / Basse / Batterie est l'un de ses préféré dans le jazz, en citant de nombreuses références, courant de Bud Powell à Bill Evans, en passant de Chick Corea à Duke Ellington. Le concept du disque est simple : une partie de piano déterminé autour de solides partitions, ou gravite autour une section rythmique qui improvise. Plusieurs compositions avec une batterie improvisée avaient déjà été composé par le passé, mais le principe de créer un set complet pour un trio qui pourrait jouer dans des festivals de jazz européens ou dans des clubs continuait de titiller le compositeur new yorkais. C'est ainsi que sont nait les compositions de ce "In the hall of mirrors", un digisleeve à l'artwork bien psychédélique l'accompagnant. Le disque a été composé avec à l'esprit Stephen Gossling au piano, un "maniaque" selon Zorn (on imagine le pire quand on connait Zorn lui même) et l'un des meilleurs pianistes au monde. Accompagné du fidèle Greg Cohen (Masada) et l'un des meilleurs improvisateurs à la basse, on assiste aussi à la première incursion de Tyshawn Sorey à la batterie en disque studio, un jeune black d'une trentaine d'année avec un niveau monstrueux, certainement un futur ténor de la batterie pour le monde du jazz à en devenir. Le résultat nous donne six superbes compositions de Jazz, par moment posé, et dans des ambiances beaucoup plus sauvages et improvisées. L'enregistrement ne durera qu'une journée, une récurrente chez les musiciens Zorniens, mais qui étonne toujours, prouvant leurs incroyables niveau technique, dextérité et dévouement à sublimer les compositions de Zorn. Durant le session de mixage, Cohen déclarera "il s'agit du jazz du futur"...

JOHN ZORN - Fragmentations, prayers and interjections

Ponctué par un artwork signé par John Zorn lui même (il nous avait déjà sortis exactement la même thématique sur un disque de la composer serie), "Fragmentations, Prayers And Interjections" présente le second volet des nombreux disques, qui devraient paraitre au cours de l'année, retraçant le marathon scénique et artistique que s'est offert John Zorn en septembre 2013 pour son soixantième anniversaire, et comme il l'avait déjà effectué dix ans plus tôt pour fêter ses cinq décennies. Après son récital donné à l'orgue un peu plus tôt, ce nouveau disque issu d'un concert enregistré le 25 septembre 2013 au Miller Theatre de New-York, soit deux jours après celui à l'orgue à la St Paul's Chapel, se démarque de son prédécesseur par le type de formation proposée : un orchestre philharmonique. Depuis Aporias: Requia for Piano & Orchestra et sa pochette Francisbaconienne en 1998 et What Thou Wilt en 1999-2010 (on y reviendra), Zorn s'était en effet limité en matière de mouture classique à des ensembles plus réduits, à l'image du quatuor à cordes constitué de Jennifer Choi et Fred Sherry sur Magick (2005). En somme, une longue attente pour une surprise de taille.
L'album réunit ainsi quatre compositions jouées par l'Arcana Orchestra sous la direction de David Fulmer. La première, Orchestra Variations, fut commandée en 1996 par l'orchestre philharmonique de New York, tandis que celle qui clôt le disque, Suppôts et Suppliciations, le fut par l'orchestre symphonique de la BBC en 2012. Du premier thème avant-gardiste, si l'auditeur averti pourra difficilement négliger les insertions burlesques Texaveryiennes, ces variations lui évoqueront également un autre hommage, grindcore cette fois-ci, mené par deux musiciens justement proche du saxophoniste alto : le chanteur Mike Patton et le bassiste Trevor Dunn et le Suspended Animation (2005) de Fantômas.
A propos des deux autres thèmes suivant, le Zornologue sera en terrain connu. Contes de fées ouvrait déjà What Thou Wilt enregistré en 1999, mais paru seulement onze années plus tard. De même, Kol Nidre eut droit à plusieurs versions antérieures, une sur String Quartet et deux sur le double album Cartoon S&M entre 1999 et 2000. En guise de transition, l'ironique Contes de fées, porté par le violoniste Christopher Otto, évoque d'une certaine manière la dualité du précédent, le ludisme en moins. Et les stridences et autres ambiances cauchemardesques de ce conte zornien peuvent être perçues avec le déchirant Kol Nidre, comme les éléments d'une seule et même pièce dramatique. Lente plainte nostalgique bercée désormais par un orchestre après le quatuor à cordes de 1999, ces huit minutes tel qu'on pouvait s'y attendre y gagnent en émotion et en profondeur.
Inspiré du dernier recueil de textes rédigé par Antonin Artaud peu avant sa mort, Suppôts et Suppliciations est la pièce maitresse et finale de Fragmentations, Prayers And Interjections. Zorn compose et tisse une toile aux multiples facettes entre douleur, révolte et mysticisme, où apparait par moment le fantôme d'un Stravinsky durant les moments les plus ombrageux et théâtraux. Composition spectaculaire en écho avec la dernière œuvre d'Artaud, le new-yorkais désarticule les structures, exacerbe une tension constante, cette dernière étant savamment entretenue par quelques déflagrations et déchirures aussi inattendues qu'explosives.