vendredi 11 septembre 2026
WADADA LEO SMITH - Red sulphur sky
L'album s'inscrit dans la lignée directe de Creative Music - 1 (1972), son premier solo historique. Ici, aucun réseau rythmique ni contrepoint pour soutenir la trompette : le musicien originaire du Mississippi évolue sans filet, uniquement accompagné par la résonance de la pièce et le souffle de ses instruments (trompette, fluegelhorn, flûte en bambou). Le titre fait référence au « soufre rouge », concept alchimique évoquant la transformation spirituelle. Cette quête transcendantale irrigue tout le disque grâce au système de notation Ankhrasmation développé par Smith. Plutôt que de suivre des partitions traditionnelles, le trompettiste interprète des cartes visuelles complexes où la couleur, l'espace et la forme dictent le débit, la dynamique et la hauteur des notes.
L'écoute demande une vraie immersion. Le jeu de Smith y est d'une économie saisissante, le trompettiste y développe l'utilisation du vide : Les espaces de silence entre deux phrases possèdent autant de poids que les notes poussées. Le temps s'étire, créant une tension constante. L'utilisation de différentes sourdines permet de transformer la voix du cuivre, oscillant entre des murmures rauques et des stridences métalliques éclairantes.
Malgré le cadre conceptuel avant-gardiste, certainement mis en cause par l'identité et la ligne directrice du label, l'inflexion du blues originel reste omniprésente dans l'intonation et la ferveur des attaques. Des pièces comme la suite éponyme Red Sulphur Sky ou Evening Glow Gold illustrent ce contrôle du souffle, où la frontière entre improvisation pure et composition rigoureuse s'efface totalement.
Red Sulphur Sky n'est pas un album d'accès facile, mais c'est une œuvre maîtresse de la musique créative américaine. Un disque austère, lumineux et profondément spirituel qui révèle l'architecture intime d'un des grands visionnaires du jazz contemporain...
WADADA LEO SMITH - Reflectativity
Sorti en 2000 sur la composer serie de Tzadik, Reflectativity réinvente une pièce maîtresse de la Creative Music américaine. Près de trente ans après une première version gravée en 1975, le trompettiste Wadada Leo Smith réinvestit son œuvre auprès de deux compagnons d'exception : le pianiste Anthony Davis (déjà présent sur la session originale) et le contrebassiste Malachi Favors Maghostut, figure emblématique de l'Art Ensemble of Chicago.
L'art du silence et du "Ahkreanvention"
Ici, pas d'emphase ni de virtuosité démonstrative. Wadada Leo Smith applique à la perfection son système d'écriture graphique "l'Ahkreanvention", une méthode qui redistribue le temps musical en accordant autant d'importance aux espaces silencieux qu'aux notes jouées. Une trompette au timbre étiré : Le jeu de Smith alterne entre des éclats incisifs, des sons bouchés et de longues phrases suspendues qui semblent flotter au-dessus de l'espace.
Son jeu forme un dialogue piano-contrebasse : Anthony Davis déploie des accords cristallins et une rigueur compositionnelle très contemporaine, tandis que Malachi Favors offre une assise organique, pulsée et ancrée dans la tradition du blues et des musiques africaines. Le morceau-titre Reflectativity, qui ouvre et clôt pratiquement l'album sous différentes déclinaisons, n'est pas une simple relecture. L'absence de batterie libère un espace harmonique colossal où le trio navigue entre rigueur formelle et improvisation pure. L'interaction relève du télépathique : le groupe ne cherche pas la vitesse, mais la résonance...
En publiant ce disque dans sa collection Composer Series, Tzadik remettait en lumière l'un des penseurs les plus singuliers du jazz post-AACM. Reflectativity demeure une œuvre contemplative, exigeante et lumineuse, idéale pour qui veut comprendre comment le jazz moderne sait sculpter le silence...
jeudi 18 juin 2026
MARK DRESSER - Marinade
Second disque de Mark Dresser pour le label Tzadik en 2000 sur la composer serie, Il aura ensuite fallu attendre 24 ans pour que le suivant sorte sur la Spectrum serie, mais c'est une autre histoire.
Ce volume est excellent, remplis ras la gueule de musique diverse et variée : des pièces en solo du contrebassiste, des duos, des trios, du quatuor, du quintet, et pas mal d'instrumentations présentes avec une représentation piano, cordes diverses et instruments à vent, percussions, etc...
Il m'a fallu pas mal d'écoutes pour apprivoiser cette longue trame sonore contemporaine mais le jeu en vaut la chandelle et je pense que cet opus est supérieure à son chapitre précédent sur Tzadik ("Banquet"). L'artwork est intéressant comme toujours, et nous sommes en présence d'un volume très correct de la composer serie...
mercredi 17 juin 2026
IKUE MORI - Labyrinth
Il me manquait pas mal de disques d'Ikue Mori dans la collection Tzadik, étant donné que je n'ai jamais été trop fan de son travail.
"Labyrinth", troisième disque de la japonaise sur la composer serie ne déroge pas aux règles immuables du laptop, des drum machines et des sons ultra synthétiques. Il y a des petits passages ambiant assez chill par moment qui peuvent être cool. Mais dans l'ensemble, quand le côté électronique prend le dessus, j'ai toujours autant de mal et ça ne passera jamais je pense...On saluera cet artwork un peu fou qui demeure sympathique. Les fans seront conquis par ce disque, les autres seront septiques comme moi...Peu importe, Ikue Mori continue son bout de chemin sans se soucier du reste...
DAVID MAHLER - Hearing voices
Il a pu arriver avec les années que des disques Tzadik me laisse complètement perplexe. Je suis en train de compléter ma collection en choppant tous les volumes qui me manque au sein de la composer serie par exemple. Ce disque de David Mahler m'inspirait moyennement, à part cette pochette sympa, quasiment comme toujours. Son faible prix sur le marché de l'occasion pouvait également mettre la puce à l'oreille : Quel merde !
Pas de musique ! juste du spoken words ultra long sans queue ni tête. Pour le coup, je n'ai absolument pas compris le concept et je ne le réécouterais certainement jamais. A éviter !
dimanche 19 avril 2026
SUSIE IBARRA - Flower after flower
dimanche 29 mars 2026
IKUE MORI - One hundred aspects of the moon
Je ne suis pas un grand fan d'Ikue Mori, il y a plusieurs disques de son oeuvre chroniqué sur ce site et je l'ai deja vu plusieurs fois en live lors de Masada marathon, le verdict tombe à chaque fois : c'est chiant. Les bruits bizarres au laptop sont souvent ennuyeux au possible, mais même dans le cadre de DNA, ces interventions et même le combo en lui même me laisser souvent indifférent.
Mais ce premier chapitre sur la composer serie de Tzadik change la donne : Il est bon ! Et pour cause, c'est certainement celui ou on entend le moins la compositrice. Un beau line-up compose le disque : Erik Friedlander au violon, Kato Hideki, son college dans Death Ambiant à la basse, Anthony Coleman au piano, Quelques apparitions de vocalistes dont Makigami Koichi, etc...L'ensemble sonne comme un volume interessant de la composer serie, expérimental, mystérieux, tirant un poil vers l'ambiant, avec des sonorités vraiment innovantes et agréables à l'écoute. Inspiré d'un peintre nommé Yoshitoshi, dont on retrouve les superbes peintures dans les différents artworks du disque, je ne regrette pas l'achat très tardif de ce chapitre de Tzadik...
samedi 17 janvier 2026
GERRY HEMINGWAY - Chamber works
Né le 23 mars 1955 à New Haven (États-Unis), issu d’une famille musicienne (sa mère est pianiste concertiste, son père a étudié avec Paul Hindeminth), Gerry Hemingway débute la batterie à dix ans, devenant professionnel dès dix-sept ans. Au cours des années 1970, il étudie avec Alan Dawson, suit des cours de percussions indiennes et africaines aux universités de Yale et Wesleyan. C’est dans sa ville natale, New Haven, qu’ont lieu les rencontres déterminantes : Anthony Davis et George Lewis (avec lesquels il forme Advent), Leo Smith, Anthony Braxton… des musiciens issus de l’AACM dont les ambitions de compositeurs, ancrés dans la musique contemporaine, sont manifestes. Pendant douze ans, de 1983 à 1994, il sera le batteur du quartet d’Anthony Braxton (avec la pianiste Marilyn Crispell) expérimentant les systèmes d’écriture ouverte du saxophoniste. Si le trio BassDrumBone créé en 1977 et toujours actif (avec le tromboniste Ray Anderson et le contrebassiste Mark Helias) est porté vers l’émulation collective, ses formations personnelles depuis le milieu des années 1980 privilégie l’ouverture polyphonique sous un angle « formaliste » : Je m’intéresse au jeu des formes dans l’espace, aux différentes strates dans la musique
, déclare-t-il.
Parmi les rares jazzmen américains à l’écoute des avant-gardes européenne, John Zorn lui offre la possibilité d'enregistrer son premier disque de musique contemporaine en 1999. Un chapitre de la composer serie assez intéressant si l'on excepte le classique string quartet de départ. Pas mal d'instruments, avec des cuivres discrets, des cordes mystérieuses, sur trois longues pièces sonores. Mention spécial à "The visiting tank" est son côté cinématographique avec Hemingway lui même au sampler...
samedi 10 janvier 2026
PETER GARLAND - The days run away
Peter Garland est un traveller, on s'en rend compte clairement en lisant sa biographie : il n'a jamais cessé de voyager entre 1973 et 2005, visitant des dizaines de pays, s'imprégnant sans cesse de multiples cultures, rencontrant de multiples personnes au grés de ses périples (il était proche entre autre de John Cage, Harry Partch, ou Colon Nancarrow). Si la Californie est son pays d'adoption (c'est l'endroit ou on était enregistré toutes les pièces du disque), il est tombé amoureux du Mexique plus particulièrement, s'y installant à plusieurs reprises, puisant ainsi son inspiration dans la musique amérindienne et la musique rituelle mexicaine. Après des dizaines d'années de voyages, il vit aujourd'hui une retraite paisible dans le Maine. Compositeur parmi les plus méconnus de la seconde génération des minimalistes de la West coast, il a cependant toujours eu le soutien indéfectible d'une personne qui adore sa musique : John Zorn. Après deux disques sur Avant, le label japonais pour qui Zorn fût le directeur artistique entre 1992 et 1995, Peter Garland a naturellement bifurqué sur Tzadik afin de sortir la suite de ces travaux. Premier disque du compositeur à sortir sur Tzadik en 2000, les deux autres étant déjà chroniqué sur la section compser serie. Assurément le plus minimaliste de la série, puisque nous avons affaire ici à un disque de piano en solo, interprété par la pianiste japonaise Aki Takahashi. Un joli disque épuré et trés calme pour mettre en fond sonore quasiment pour faire de la méditation. Takahashi est toujours en activité à 81 ans, et a sortis un disque en 2017 en compagnie de...Peter Garland. Une collaboration qui dure donc !
lundi 5 janvier 2026
WADADA LEO SMITH - Light upon light
Trompettiste, multi-instrumentiste, improvisateur et théoricien, Wadada Leo Smith est l'un des compositeurs les plus importants de notre époque. Membre fondateur de l'AACM de Chicago, ses œuvres captivantes, mêlant composition et improvisation, ont été interprétées par de nombreux ensembles et solistes parmi les plus prestigieux au monde. Avec une composition originale pour ensemble de chambre et quatuor de gamelan, une magnifique pièce pour alto solo, un concerto pour basse écrit pour le virtuose Bert Turetzky et deux pièces électroniques mettant en valeur ses improvisations uniques à la trompette, Wadada considère « Light Upon Light » comme son meilleur enregistrement à ce jour.
Extrait du OBI Tzadik, je n'ai parfois plus trop le temps et l'énérgie de faire une critique détaillé des disques Tzadik qui sont compliqué à décrire. Mais je peux dire que je me suis fait un peu chier sur celui çi. A voir pour les autres disques de Wadada Leo Smith sur la composer serie...
samedi 1 mars 2025
ANNIE GOSFIELD - Burnt ivory and loose wires
Premier Album historique d'Annie Gosfield sur la composer serie de Tzadik sortis en 1998. J'avais déjà chroniqué son second disque sortis quelques années après et qui m'avait bien plus. Ce premier disque ne déroge pas de mon sentiment premier. Annie Gosfield a une vision de la musique expérimentale qui me passionne. La musique expérimentale possède un spectre évidemment très large étant donné qu'il n'a pas vraiment de limite dans l'art musical qui repousse les limites. Mais il y a parfois des visions auxquels on n'adhère pas, voir qui peuvent s’avérer carrément irritantes.
La pochette de ce "Burnt Ivory..." donne le ton de ce qui va suivre : un piano explosé, des sonorités hors normes avec Annie qui se place aux claviers "samplés", et toute une bande de musiciens qui l'accompagne pour ce voyage intersidéral (guitare, batterie, percussion, violon). 6 compositions absolument fantastiques, évidemment très difficile à décrire, mais qui mérite clairement le détour. Le dernier titre est un peu plus conventionnel, dure 10 minutes et voit le Rova saxophone quartet le décrypter avec virtuosité. Comme toujours, on saluera la prise de risque de John Zorn à l'époque de sortir sur son label un tel ovni musical, 40eme référence du label et trois ans après sa création...
lundi 17 février 2025
MILFORD GRAVES - Grand unification
Considéré dans la Downtown scene comme l'un des pionniers du free jazz et de l'expérimentation au niveau des percussions, Milford Graves est certainement connus des amateurs de Tzadik pour son duo fait avec Zorn pour ses 50 balais. Un compositeur qui maitrise ses instruments sur le bout des doigts, et qui sait taper n'importe quoi, même ton portefeuille si ça se trouve...
Milford Graves, c'est aussi deux disques sur le composer series, dont voici le premier volume sortis en 1998. Enregistré en total improvisation, en direct live et sans overdub, la performance de plus d'une heure est envoutante. Au départ, on se dit que c'est pas gagné, Milford frappe tout azimuth, n'arrête pas de sortir tout au long du disque des espèces d'incantations, et demeure en roue libre total. Puis au bout d'un moment, à l'instar du Haino Keiji sur la New japan ou "IAO" de Zorn, le rituel hypnotique se met petit à petit en place, et notre cerveau est vite aspiré dans le tourbillon tambourinant mystique. Rien qu'à voir le "kit" de l'américain, on devine et perçoit de multiples sons différents. Les disques de Percussions ne sont pas mes préférés du label mais celui çi fait figure de référence historique pour le label New Yorkais, 3 ans seulement après sa création...
Milford Graves a disparu le 12 février 2021 à l'âge de 79 ans. R.I.P
jeudi 25 janvier 2024
TEIJI ITO - King Ubu
dimanche 14 janvier 2024
OTOMO YOSHIHIDE - Cathode
J'avais chroniqué le second album d'Otomo Yoshihide en 2010 sur ce présent site. Et comme je n'avais pas été vraiment convaincu à l'époque, j'ai juste mis treize ans à me procurer le premier album sortis en 1999. J'ai réécouté "Anode" du coup, et je l'ai un peu réévalué, ce n'était pas si horrible que dans mon souvenir, simplement du pur expérimental très représentatif de l'esprit de Tzadik finalement. Evidemment, "Cathode" est plus ou moins dans la même veine. 4 longues plages entre 15 et 20 minutes ("Modulations 1 et 2" et "Cathode 1et 2"). La première est surement la plus intéressante avec cette guitare acoustique qui improvise pendant que les modulations analogiques l'accompagne, c'est franchement pas mal. Décrite comme ses compositions "les plus provocantes" sur l'obi tzadik, il est vrai que l'improvisation noisy et les nappes ambiant-drone ne sont véritablement pas présent pour adoucir l'oreille de l'auditeur, mais plutôt pour la mettre à l'épreuve. Les pièces Cathode regroupe un ensemble d'improvisateurs musicaux regroupant de l’électronique analogiques, des platines, des samplers et des manipulateurs de bandes magnétiques pour créer un magma sonore toujours aussi bouillonnant et déstabilisant. Il faut aimer et être un petit peu masochiste d'entendre tous ces sifflements parfois perçant, mais la aussi, on est dans l'esprit expérimental sans compromis de Tzadik....
lundi 4 décembre 2023
ALVIN CURRAN - Theme park
Apres avoir créer le premier disque estampillé Tzadik de la composer serie en 1995, et avoir sortis un troisième volume en 2004 (regroupant des titres inédits et rares), voici donc le second volume de 1998 enfin chroniqué en ces lieux "Theme park". Pochette mystère et disque qui ne l'est pas moins, le contenu du disque est hautement expérimental, du pur Tzadik dans sa conception.
"Theme park" est une longue composition de 32 minutes uniquement dédié aux percussions. C'est William Winant, percussionniste reconnus de la west coast qui se colle à la retranscrire de la partition à la réalité auditive. Tout y passe niveau percus et sonorités, j'imagine que le prestation devait être hautement visuelle, on y entend toutes sortes de sonorités improbables et c'est véritablement captivant à suivre, sachant que le compositeur à essayer d’aérer l'ensemble et non pas se contenter d'une virevolte de roulements de batterie continuel (même si il y en a un peu, je vous rassure)
La seconde composition "Charlie's park" est du pur Alvin Curran puisque c'est lui même qui se charge des collages sonores, samples et trituration de bandes magnétiques. Evidemment, l'ensemble sonne ultra bizarre durant 15 minutes, entre bruits de sirènes d'alarme, ambiant déviant, chant mongol traditionnel et cuivre de Charlie Parker déformé. Tout un programme franchement indescriptible mais qui fonctionne pour tout auditeur appréciant la composer serie de Tzadik...
dimanche 7 février 2021
JERRY HUNT - SongDrapes
Jerry Hunt est né en 1943 à Waco, Texas. Jeune musicien talentueux au piano, il fait ses classes avec Jack Ruby, pianiste houleux de strips clubs. Fondateur de sa propre église par correspondance à l'age de treize ans, il devient trés vite un adepte de l’ésotérisme, un fervent des croyances mystiques, des rituels exotiques, de l'approche spirituel des sciences modernes et de la vision d'Aleister Crowley. Aprés l'université, il travaille comme pianiste en 1969 et commence des performances dans des concerts de musique contemporaine. Il devient consultant technique pour des sociétés de productions de films et de vidéos et travaille avec plusieurs directeurs musicaux. A coté de ça, il développe de plus en plus la vision d'un shaman moderne : il commence la construction de ses propres instruments électroniques, et il devient un pionnier de la musique électronique en live, et ceux bien avant l'apparition des samplers commerciaux, des logiciels d’éditions de musiques et des ordinateurs. Il continue de tenter de développer sa vision les années suivantes avec des performances live avec différents artistes comme Karen Finley, Maria Blondeel et le compositeur Joel Ryan. Jerry Hunt restera cependant très confidentiel : seulement deux disques verront le jour en 1979 et 1992. Il meurt fin 1993 d'un cancer, et c'est après sa mort qu'on découvre une partie de sa vision musicale. Tzadik exhume en 1999 les enregistrements nommé "Song drapes", dont une partie seront joué live au Kitchen, un lieu de performance expérimental à NY en 1992 (il y a fort à parier que Zorn était dans l'assistance) avec la récitante Karen Finley que l'on retrouve sur 5 titres du disque. L'atmosphère de cet album est folle : de la musique electro-acoustique bien débridé, certainement joué sur des instruments modifiés ou bien directement sortis des entrailles des "machines" de Jerry Hunt. Les instrumentaux sont absolument envoûtant, la performance de Karen Finley est quand à elle possédée : elle vit son texte à fond. Plusieurs instrumentaux méritait cependant egalement des textes : Zorn a donc envoyé en studio Shelley Hirsch (qui amène un peu plus de musicalité parfois, elle chante plus qu'elle ne parle) sur quatre titres et l'incontournable Mike Patton sur un titre, ou le lascar le transcende, pour devenir une beauté expérimentale. Beau chapitre qui s'inclut à 100 % dans la composer serie, on est clairement dans l'avant garde musicale...
vendredi 1 janvier 2021
DAVID SLUSSER - Delight at the end of the tunnel
David Slusser a commencé par jouer du saxophone à l'age de 10 ans avant de s’intéresser aux collages de bandes et autres manipulations du son. Il déménage à San Francisco en 1977 aprés avoir obtenu son premier boulot dans l'industrie du cinéma, puis il rejoint la société Lucasfilm en 1984 pour se consacrer à plein temps aux bruitages et autres effets sonores dans les films. Il a travaillé avec David Lynch, Francis Ford Coppola et bien évidemment Georges Lucas. Il rencontre John Zorn au milieu des années 80 et on le retrouve sur quelques disques du patron de Tzadik ("elegy" "dictée/liber novus"...), une relation amicale comme Zorn doit en avoir avec des centaines de musiciens. Slusser commençait à intégrer de plus en plus d'éléments musicaux dans ses effets sonores pour la télévision, et à ajouter plus d'effets de sons dans ses performances musicales; il était à l'aise avec cette ambiguïté jusqu’au jour ou Zorn lui demanda de composer un disque solo pour sa composer serie fraîchement nouvelle. Il dut réfléchir un moment puis se mettra à l'oeuvre avec pour but de mélanger de l’électronique, des effets sonores, des ambiances naturelles, des dialogues, des instruments de musique et des effets de studio, le tout dans une édition digitale. Pas facile à faire mais il releva le défi avec brio. Trés compliqué d’écrire sur ce disque en revanche, un maelstrom sonore indescriptible mais franche fascinant, de la pure musique expérimentale dans la grande tradition de Tzadik (une mention spéciale au dernier titre groovy et déjanté....). En tous cas, j'ai beaucoup aimé et je vous le recommande chaudement. Il semble que ce fut la seule incursion solo de David Slusser, et il semble de nos jours plus s'amuser à jouer du saxophone dans des tribute band à Sun ra !
dimanche 29 novembre 2020
BUN CHING LAM - ...Like water
J'avais déjà chroniqué le second disque de Bun ching Lam sortis en 1998 et que vous pouvez retrouver dans la catégorie "composer serie", j'avais été moyennement convaincu d'ailleurs. Ce premier disque sortis l'année d'avant en 1997 m'a beaucoup plus séduit. "...Like water" porte bien son nom : il y a une plénitude et un calme comme si on regardait un lac tout calme sur une berge dans la forêt. On oeuvre içi dans un minimalisme expérimental vraiment sympa, frôlant parfois avec de l'ambiant. La compositrice chinoise a fait appel au trio Abel/Steinberg/Winant pour donner vie à l'opus, il aurait d'ailleurs été expressément composé pour eux. On retrouve donc qui s'entrecroise un piano, un violon, et des percussions qui s'avère souvent être du marimba, ou autres instruments tubulaires qui sont plus dans une veine relaxante qu'autre chose. Fait assez notable, le disque est assez court (27 petites minutes au compteur), mais il n'indispose jamais du coup. Difficile d'en faire une plus longue description (comme chaque disques Tzadik ?) mais ce volume de la composer serie demeure fort agréable et je recommande sans soucis ce "...Like water". Détail amusant : Bun Ching Lam vit à Paris désormais et demeure facilement joignable pour nous autres français (son numéro de téléphone est même inscrit sur son site...)
vendredi 13 novembre 2020
GUY KLUCEVSEK - Stolen memories
Du old school Tzadik pour ce disque qui est le 18eme de la série Composer et qui date de 1996. Le label fête ses 25 ans cette année, joyeux anniversaire ! Guy Klucevsek est une connaissance de John Zorn puisque qu'il vit dans une maison de Staten Island et traîne dans la downtown scene depuis 1985. C'est en plein milieu de sa discographie que parait ce superbe disque sur le label new yorkais. C'est en entendant une mélodie africaine à la radio que l'accordéoniste eu l'idée de composer "stolen memories", il griffonna sur un papier toutes les partitions des futurs morceaux puis les oublia dans son bureau ! ce n'est qu'en faisant le ménage chez lui des mois plus tard qu'il retrouva ses notes et eu l'idée de les exploiter. Il réunit son groupe le "Bantam orchestra" pour donner vie aux titres : on retrouve les deux soeurs Parkins aux violons et violoncelle, Achim Tang à la basse et Klucevsek lui même à l'accordéon et au piano. Les neuf titres sont superbes, même si trés honnêtement, il ne rappelle en rien un coté africain. On est plutôt transporté dans un univers de mélodies juives, comme la radical jewish culture nous en a pondu des centaines d'exemples, certainement la faute à la présence de l'accordéon. On relèvera spécifiquement le superbe et ambiancé "Tesknota" (en mémoire à John Cage) qui dure 14 minutes et qui est d'une beauté lyrique magnifique. Mais les autres titres sont également excellents et ce disque "archive " de Tzadik mérite grandement d'être découvert...



















