samedi 2 mai 2009

JOHN ZORN - Malphas book of angels 3

En premier lieu, l’artwork de ce skeud’ est sublime : un digipack de toute beauté avec étoile gravé sur le front et tout…la grande classe ! Ensuite, Après la série sur radical jewish culture qui voyais à l’honneur des disques hommage pour les 10 ans de Masada, voici une nouvelle série d’album hommage ou des groupes reprennent des standards du groupe de Zorn à leurs sauces, puisant dans le repertoire des 300 chansons écrites par Zorn en 2004 ("book of angels") mais que Masada ne garda pas.

Aprés deux volumes, voici le retour d'un nouveau démon (chaque opus de cette catégorie porte un nom de démon) en la présence de deux musiciens qui connaissent parfaitement l'univers de John Zorn, à savoir le violoniste Mark Feldman et la pianiste Sylvie Courvoisier. Un disque dont il m'aura fallu beaucoup de temps pour l'apprivoiser. Les deux compères New Yorkais n'en sont pour autant pas à leur coup d'essai, puisque qu'on les retrouver déja pour les 10 ans de Masada à reprendre des standards du groupe sur un "Masada recital" resté dans les mémoires. Mais les 11 titres du book of angels de Zorn sonnent encore plus "abrupte", laissant toujours un arrière gout d'improvisation forcée dans les oreilles. La qualité des musiciens ne rentrent pas en ligne de compte, leur technique et sens de la télépathie est irréprochable. Au fur à mesure des écoutes, on se rend compte petit à petit de la richesse de ce "malphas", véritable ode à la musique contemporraine. Et on finit à terme d'accepter le disque dans ce qu'il donne de meilleur : un brin de folie sur fond d'instrument "classique".

AHAVA RABA - Kete kuf

Le leader du groupe Simon Jakob Dress est partis pour un périple de plus de 6 mois à travers le Turkmenistan, l'Ouzbekistan, l'Inde, la Chine, le Tibet, la Mongolie, Tuva (une petite république russe au nord de la Mongolie) et la Russie. Il y rencontra evidemment beaucoup de monde, entre musiciens et ethno-musicologistes, qui lui ont permis de collecter toutes les éléments qui lui serve d'inspiration pour cet opus. "Kete kuf" sera prêt dés 1994, mais c'est seulement en 1999 que l'album vut le jour, le temps que Zorn repère le quintet qui n'intéresser pas vraiment les labels apparement. On comprend pourquoi à l'écoute : sur une base traditionnelle, Ahava Rabe est définitivement en marge de tous sentiers battus. A base d'accordéon, percussions, clarinette, tuba et violon, la formation allemande nous offre un mélange de Folk typiquement gypsy, de Klezmer, et de musique contemporraine classique. Autant parfois dansante que méditative, la prise de risque est continuelle tout au long de "Kete kuf" et ç'est ce que j'ai particulièrement apprécié. Pour corser l'affaire, certains titres sont chantés en "mirkaledo", un langage complexe de leur propre création, qui doit se rapprocher a priori d'un pays de l'est. Au final, l'un des disques le plus complexe et novateur de la série Radical jewish culture, d'un groupe relativement méconnu et qui n'a pas sortis d'autres disques. Un témoignage unique à découvrir donc...

jeudi 30 avril 2009

TREVOR DUNN - Four films


Voila un disque qui risque d'interesser pas mal de monde ; Outre la petite sphère expérimentale et les fervents du label, un grand nombre d'amateurs de rock risque aussi de jeter une oreille sur ce "four films" qui sort sur la section dédiés aux archives musicales dédiés au 7eme art. Trevor Dunn, un lascar au cv impressionnant, qui a formé Mr Bungle, à jouer sur un grand nombre de disque de jazz lorsqu'il été à San francisco (notamment avec Ben Goldberg) et à même fait un petit featuring sur un disque de Secret chief 3. Son retour à Brooklyn en 2000 n'a pas moins remplis son agenda, participant à de nombreux disques d'artistes Tzadik. Son background rock est toujours exercé avec son camarade de toujours Mike Patton au sein de Fantomas, quand aussi il ne fait pas le con avec les Melvins en concert. John Zorn l'aura egalemment hautement mis à contribution en l'incluant dans ses projets The dreamers, Electric Masada et Moonchild, ou enregistrant des filmworks et autres travaux. Si on regarde bien, Dunn n'a donc pas eu beaucoup de temps pour créer des projets par lui même : deux disques seulement de son Trevor dunn's trio convulsant, deux disques roots fait avec son amie Shelley Burgon (uniquement en vente sur son site), et la récente création de son groupe Madlove (que j'ai pu apprécier en concert) mais dont on attend encore une trace sur bande.
Trevor Dunn a donc été aussi solicité pour la réalisation de musique pour deux courts et deux moyens métrages totalement indépendants dont vous pouvez trouver certaines bandes annonces sur youtube. 5 ans seront nécéssaires pour composer, enregistrer à la maison puis compiler tous ses titres sur ce disque. La variété des 26 morceaux impressionne, ainsi que la qualité de compositeur de Trevor, dont certes on ne doutait pas, mais qui s'éloigne parfois trés loin de son registre habituel. Outre quelques titres de noise relativement gratuit, et de "fire disco" quasi indus-goth avec un chanteur français franchement pas terrible, le reste est de haute volée. Une pointe de jazz, quelques instrumentaux excellents et de la chamber music majestueuse. Trevor Dunn joue généralement tous seul, seul quelques fidèles camarades viennent le soutenir lorsqu'un besoin orchestral se fait sentir (Kenny Wollesen, Shelley Burgon, Rob Burger, Chris Speed, etc...). L'influence la plus marquée reste Ennio Morricone (Le maestro...) comme on le décéle sur les titres "End" et "happy LA ending", véritable bijoux qui justifient à eux seuls l'achat de ce "Four films"

lundi 27 avril 2009

MARYANNE AMACHER - Sound characters 2

Légende et pionnière de la musique dites « électronique », Maryanne Amacher est une visionnaire musicale toujours à la recherche de connexions entre la perception du son et les effets sonores perçus par les tympans. Sortis quasiment 10 ans auparavant, voici donc la fameuse suite du "sound characters" de 1999, dont le sous titre est "making sonic spaces". Le coté scientifique de la musique de la compositrice est encore plus développé pour le coup, avec de riches notes au sein du livret tellement complexes que je ne pourrai pas vous décrire avec précision le processus de composition. Le concept semble le même qu'en 99 : Adapter le son à l'espace pour créer un maximum d'effets et de variations. Le résultat est une longue pièce éléctronique dronisante intitulé "teo !" qui gagnera un prix dans des awards basé sur l'éléctronique. Les rudiments seront enregistrés dans les profondeurs souterraines de la pyramide du soleil, sur le site Aztèque de Theotihuacan, qui est la plus grande cité de l'amérique Précolombienne, et qui se situe à 40 km de Mexico. Le résultat sera ensuite produit, préparé, réarranger au musée Palacio de las bellas artes (vidé pour l'occasion) puis diffusé sur 48 haut parleurs avant d'être réenregistré. Niveau concept, on ne peut certainement pas faire plus arty et complexe. Le résultat sonne dans le même registre que le premier volume. Pour fervants de drone et de basses fréquences !

Edit : La compositrice est décédé le 22 octobre 2009 à l'age de 71 ans. R.I.P

dimanche 26 avril 2009

KEN BUTLER - Voices of anxious objects

Section des artistes qui repousse les limites de l'art sonore, et ceux sur le meilleur label expérimental du monde, vous voila prévenu que cette expérience va vous transporter loin. Cette section de Tzadik a été pleinement crée pour Ken Butler, car quel autre artiste y correspond le mieux ? véritable ovni sonore littérallement scotchant, le titre de cet album porte bien son nom "voix d'objects anxieux". Ken Butler a la particularité de fabriquer ses instruments, et ceux à partir d'objets hétéroclites et peu communs. La photo ou on le voit avec tous ses instruments est vraiment incroyable d'ailleurs. Voici la liste des instruments utilisés (photo à l'appui dans le livret) : pelle à neige violoncelle (!), Hockey-golf guitare, Masse violon, roue de vélo oud, raquette de tennis guitare, double violon cross de hockey, sitar club de golf, violon balai...En plus de la virtuosité de les construire, on pourrait croire que l'excentricité prend le pas sur la beauté musicale, il n'en est rien !! 9 titres absolument sublime, riche et inspiré, évasif et rythmé avec une grande précision. On peut le lancer sans faille, on a affaire à du trés trés grand art, celui avec un grand A. Favori !!

DEREK BAILEY - Carpal tunnel

La Key series de Tzadik met en avant les disques expérimentaux historiques. Avec "ballads" (entre autres bien sur), Derek Bailey avait su nous séduire avec son jeu si atypique et intuitif, tout en cassure et dissonance, ou l'improvisation occupe toujours la part belle. Avec ce "carpal tunnel", on va dans le mur direct. Explication : Bailey fournit en 1ere plage des explications chiantes sur le propos du disque, ayant du faire face à une main ankylosée par le poids des années apparement, et on à le droit tout simplement à sa rééduction à la gratte. 12 semaines de rééducation en tout. Soyons honnête, le jeu de Bailey est déja bizarre à encaisser, quand il est handicapé, ça en devient vraiment pénible et inutile, surtout comparé à ces deux oeuvres précédentes sur le label. "Carpal tunnel" s'adresse donc aux collectionneurs, aux fans hardcore du guitariste anglais et aux amateurs d'improvisation pure dans le sens basique du terme...

JOHN ZORN - Filmworks III (1990-1995)

La section Archival series est, comme son nom l'indique, une sous division de Tzadik crée à l'époque pour rééditer tous les travaux de Zorn diffcile à trouver dans leur première édition (aujourd'hui, Zorn y publie l'intégralité de son oeuvre, et pas seulement des archives). Le filmworks III sera réédité aprés les volumes V et VI, temps qui fut nécéssaire pour Zorn de compiler ses travaux couvrant donc la période de 1990 à 1995.

Compilation qui démarre en 1993. Joe Chappelle démarche John Zorn afin que celui çi lui écrive la bande son de son film "Thieves quartet" (ce dernier le remercie d'ailleurs chaudement dans le livret, notamment pour avoir autorisé son "piano playing"). Comme d'habitude, peu d'information sur le film, sortis en 1994 : à première vue, une histoire de Kidnapping, et un film policier à l'atmosphère noir dont fera partis James Denton (Mike Delfino dans "Desperate housewives", si si) dans le rôle phare. Zorn a de suite à l'esprit la bande son de Miles Davis pour le film "Escalator to the scaffold", une référence dans l'assortiment film noir/bande son jazz glauque. Il est temps donc de fonder un formation de jazz pour ce nouveau boulot. Dave Douglas à la trompette, Greg Cohen à la basse, Joey Baron à la batterie, et Zorn au sax (ainsi qu'au piano sur le "end titles", d'ou la référence au "piano playing" un peu plus haut). Robert Quine fera aussi un featuring à la guitare sur une piste. 12 titres géniaux de jazz sombre, absolument parfait. Et Zorn ressent qu'il se passe quelque chose avec cette formation, que le potentiel ne demande qu'à être exploiter. L'enregistrement de "Thieves quartet" eu lieu en juillet 1993. Deux mois aprés, le compositeur New Yorkais fête ses 40 ans au Knitting factory de NY, décide d'offrir en live la brillante cohésion du quatuor, intitule le groupe Masada, et donne ainsi le premier concert du groupe (qu'on retrouve sur Tzadik). La suite appartient à l'histoire, Masada ayant plus de 20 disques à son actif, et étant l'un des plus brillants héritage de la musique juive...

"Music for Tsunta" fut enregistré en 1988, et était à l'origine une série de Test musicaux en vue de la collaboration avec le japonais Kiriko Kubo, réalisateur de déssin animé. neuf "musical miniatures" mise à la suite l'une de l'autre, formant ainsi un morceau de 3 minutes 30. On y retrouve evidemment la passion dévorante de Carl Stalling, et les prémices de la collaboration "Cynical hysterie hour" (dont on retrouve une grande partie des collaborateurs Carol Emmanuel, Bobby Previte, Bill Frisell, Peter Scherer, Cyro Baptista, Chistian Marclay). Zorn avoue avoir completement oublié l'existence de ce "morceau" durant neuf ans, car il n'avait jamais pu récupérer les master originaux auprés de Sony Japon, qui ne répondirent même pas à ses coups de fils (paru à l'époque sur une compil' au pays du soleil levant). On est content que ce dernier ait réussis à retomber sur les bandes au studio d'enregistrement ou la musique vut le jour.

Mei juin Chen, jeune réalisatrice Taiwanaise débarqua à LA en 1994 afin de réaliser un documentaire sur l'hotel tenu par son oncle, le tout dans un budget tenant dans un mouchoir de poche. Intitulé sobrement "Hollywood hotel", voila encore un court métrage dont on aura aucune information (et dont la bande son doit être plus connus que le film lui même), Zorn se demandant lui même comment il a fini par composer la musique de cette oeuvre, et ceux pour quasiment pas d'argent selon ses propres aveux. Evidemment, à ce tarif la, la réalisatrice eu le droit au minimum syndical : un jour d'enregistrement/mix, et un duo, mais pas des moindres, Marc Ribot / John Zorn. Le compositeur a collaboré avec une pléthore de guitaristes innovateurs et singuliers, Marc Ribot demeure le meilleur selon lui, un vrai "révolutionnaire" de la guitare (chose qu'on ne constestera pas qui plus est). Evidemment, les 11 titres de "Hollywood hotel" sentent le bon gros boeuf entre copains, qui s'amuse quelques heures en studio, qui ont un talent incroyable et qui peuvent donc se permettre d'enregistrer, et qui vont bouffer au resto chinois aprés (le meilleur souvenir de la soirée selon Zorn). Mais le talent des deux hommes en font quelque chose de beau et d'inspiré, et on reste subjugué de la cohésion de ces deux grands esprits...

Pour finir, pas moins de 31 titres écrit pour la firme publicitaire Weiden and Kennedy entre 1990 et 1995, affilié à des marques dont on ne saura pas le nom pour des questions légales. La firme Weiden... est existante de nos jours, et compte parmis ses clients des petites marques comme Coca cola, Nike, ou Converse. Une musique de Zorn a peut être été entendu par des millions d'oreilles donc. Le compositeur a une manière de fonctionner trés simple : pas de démos, pas de "re"composition, être payer, que la musique soit utilisé ou non. Seul la boite Weiden and Kennedy a accepté ce fonctionnement, par ailleurs l'une des firmes les plus créative et intègre. Différents réalisateurs furent affilié à la réalisation des images, David Cronenberg, et Surtout Jean luc Godard, grande référence de Zorn, qui fut par ailleurs plus que fier d'être associer au grand nom français. Une tonne de collaborateurs (environ 25) dont le line up se modifie au gré des titres, toujours trés court bien entendu, format publicité oblige.

Une vision globale des miniatures de Zorn peuvent donc être aperçus avec ce filmworks, ainsi que son potentiel de "Cartooniste", ou son art à improviser aussi librement que simplement avec un pote. On retiendra surtout les premiers titres de Masada (avant même que le groupe porte son nom), témoignage important d'un futur héritage grandiose, et donc la richesse de créativité dont John Zorn fit preuve entre 1990 et 1995, et ceux uniquement pour le 7eme art.

XTATIKA - Tongue bath

La série Oracles de Tzadik, qui met en avant le travail des femmes dans la scène expérimentale mondiale. Xtatika était donc la première signature de la série, et certainement pas la meilleure ! Je n’ai absolument pas aimé ce disque. Un mélange de rock sensé être alternatif (flirtant avec des touches ressemblant à de l'indus) pas franchement génial et de musique coréenne traditionnelle pas franchement emballante. La voix de la fille est insupportable, tant elle en fait trop, et l’ensemble se veut hypnotique (basse + percussions) mais tourne vite en rond malheuresement. Xtatika pourra evidemment plaire à certaines personnes car le quatuor propose effectivement une vision unique. Mais on a affaire ici (selon Zorn) à la rencontre du Pansori (l'art corréen du récit chanté accompagné de tambours ou percussions) et de Nine inch nails. L'art corréen sacrifiait sur l'autel du rock ne m'a pas séduit, et je n'ai jamais pu encadrer Trent Reznor. Donc "tongue bath" n'est pas fait pour moi...

samedi 25 avril 2009

JOHN ZORN - First recordings 1973

L'un des premiers disques sortis sur la Archival series (voir même sur le label Tzadik puisque c'est sa première année de création). Evidemment, la notion d'archive est ici amplement justifié car comme vous l'aurez compris dans le titre, il s'agit des premiers enregistrements de son auteur en 1973 et 1974, soit respectivement à 19 et 20 ans.

Nait dans un hopital de NY en 1953, Fils d'une mère professeur dans un college, originaire de la premiere vague juive de NY qui vivra dans le bronx, et fils d'un père coiffeur originaire d'Europe de l'est probablement juif, l'enfant Zorn aura du mal à trouver ses marques au début de sa vie. Refusant leurs racines juives, ses parents décidèrent de l'envoyer dans une école catholique du Queens, en tentant d'être relativement pragmatique avec lui, d'ou des études musicales trés tôt. Il découvrit egalemment la world music, le rock, le jazz, la country ou la chanson française par le biais de ses parents ou de son frêre ainé.Trés vite, l'apprentissage rapide de la musique et le fait d'être juif dans une école catholique le pousse à être rejeter par les autres, autant juif que catholique ("an anti anti semitism"). La séparation de ses parents empire les choses, accroit ses doutes sur ses croyances et racines, et c'est sans cellule familial que le jeune Zorn agé de 15 ans érre dans les rues de Manhattan, visitant la plupart du temps le Metropolitan art of museum la journée, et l'opéra de NY le soir. Sa solitude sera son salut : c'est ainsi qu'il découvre son intérêt pour le cinéma, et donc sa passion pour la musique. Il découvre ainsi Igor Stravinsky aprés avoir regardé "Fantasia" un classique de Disney, idem pour Ligeti avec "2001 odyssée...". Mais le coup de grâce restera la découverte d'Ennio Morricone avec "le bon, la brute, et le truand" qui changera son esprit à jamais. A partir de la, tout s'enchaine : apprentissage de la flute et de la basse à 16 ans, avec qui il jouera dans un groupe de Surf music ; Ces influences d'alors sont autant les Doors que Beefhart, et bien sur l'incontournable Frank Zappa, qui respectera autant qu'il detestera, qualifiant la musique de Zappa de "weird shit", mais pourtant découvrant Varèse grâce à lui. Il poursuit ensuite son exploration de la musique contemporraine, découvrant Ives, Kagel, ou encore John cage. De 1973 à 1974, John Zorn déménage de NY et étudie la composition au Webster college de Saint Louis. Là-bas, il s'intéresse particulièrement au jazz, découvre le black artist group et la scène noire de Chicago avec Wadada leo smith. Il développe une fascination pour Anthony Braxton, particulièrement son album For Alto, qui le pousse vers l'étude du saxophone. C'est aussi à Webster qu'il intègre dans son champ musical des éléments venus du free jazz, de l'avant-garde, de la musique expérimentale, de l'art performance, et les musiques de dessins-animés, à travers des compositeurs comme Scott Bradley et Carl W. Stalling ; il choisit d'ailleurs ce dernier comme sujet d'étude au Webster College. Et c'est evidemment à cette période qu'il compose ses premières pièces sonores réunit dans ce "first recordings".

On démarre avec cette première pièce intitulé "Conquest of Mexico" datant de 1973, divisé en trois partis pour un total de 15 minutes. Dés cette première, on ressent l'esprit psychopathe et tordu de son auteur, qui nous emmene dans un ambiant sombre et glauque absolument indéscriptible. Vibrations, bruits étranges, cris de déments, piano désaccordé, c'est la bande son de ce qui se passe dans le cerveau d'un aliéné depuis dix ans. Zorn raconte un processus de création trés malsain, dans une petite pièce sombre avec deux magneto, un piano, quelques percussions, et des périodes d'enregistrements qui oscille entre la nuit noire et l'aube. Effrayant, mais tout simplement génial, l'ambiant avant l'heure, les prémices d'"absinthe" évoqué à travers la démence refoulé d'un jeune adolescent.

Enchainement avec une pièce de 73 de 3 minutes. John Zorn est revenu à New York, créche dans une piaule d'utopia Parkway dans le Queens, et continue d'exprimer ses angoisses sur bandes magnétiques. Ayant appris au college le placement de micros dans les phases d'enregistrements, il s'amuse sur "Wind ko/la" avec une basse à déplacer le micro sur fond de taping et de percussion ultra bizarre, tout en poussant certains cris d'aliéné, alors que Mike Patton porté encore des couches culottes. Des cris récurrents dans sa jeunesse qui, selon son propre aveu, inquietera sa mère au point qu'il sera régulièrement mis en observation dans une clinique psychatrique du Bronx de 8 à 16 ans, sans que cela n'est de conséquence sur son état mental. Zorn souligne aussi que ces pièces sonores seront pour lui une base minime de départ pour la composition des Hardcore pieces de Naked city, d'ou un avant gardisme incroyable dés le début de sa carrière.

"Mikhail Zoetrope" est la pièce la plus longue du disque. Datant de 1974, elle se divise en trois actes de respectivement 22, 13 et 11 minutes. Crée en une aprés midi, elle peut être estampillé comme première composition majeure de John Zorn. Et quel folie furieuse ! certes quelques influences décelables (Kagel, Carl Stalling, Braxton ou John Cage), mais une vision unique en soi. Un magnétophone, puis Zorn assis par terre avec des jouets, des verres et ustensiles de cuisine, une platine, un aspirateur, une télévision et un saxophone. Le résultat est en tout point détonnant. Certes barré, certes tarré. Mais dans le fond plus cohérent que la plupart des Games pieces (du moins à mes yeux). Pas de math, pas de joueurs, pas de structures. Uniquement de l'instinctif et de l'improvisation. Ca fait peur, mais c'est captivant à la fois, comme un mauvais délire sous trip. Pour tout amateurs de la musique de Zorn, l'écoute de ces archives demeure essentielles pour "comprendre" l'univers du New yorkais. "The craziest stuff i've ever done" déclarera t'il.

Une pièce de 1974 de 1 minutes intitulé "automata of al-jazari" trés ambiant cinématographique (crée pour son "theater of musical optics"), et on enchaine sur "Variations on a theme of Albert Ayler" de 1973. Une pièce sonore que Zorn avait complétement oublié. Hommage au saxophoniste de Free jazz bien sur, tout est free dans ce morceau, mais il n'y a rien de jazz, hormis quelques coups de saxo et clarinette bruitiste. Du merzbow avant l'heure. Barré et extrême, de la folie à l'état pur.
Je terminerai sur des propos de John Zorn : "mes premiers enregistrements musicaux, faites à une période ou la musique et les films étaient les seuls éléments dont je disposais dans ma triste vie solitaire d'exile et d'aliénation. C'est seulement grâce à ces enregistrements que j'ai commencé à découvrir l'extase dont nous sommes tous en recherche d'une forme ou une autre. J'espère que cette adolescence créative aura pu interpeller quelques auditeurs, ou au moins en faire rire quelques uns..."

A QUI AVEC GABRIEL - Utsuho

L’accordéon est un ennemi quasi héréditaire pour tout le monde. On garde trop en France cette vision horripilante de Yvette Horner et de sa musette complètement abjecte. Instrument purement français évoquant avant tout un certain romantisme, la jeune joueuse japonaise a qui avec Gabriel démontre en un seul disque toute l’émotion qui peut ressortir d’un instrument franchouillard. Ce disque est d’une pureté quasi absolu, aussi beau qu'un lever de soleil du pays nippon. En 11 titres, on reste subjugué par tant d’harmonies envoûtantes. Si ces excursions solos sont belles, le véritable talent de la petite japonaise s’exprime avant tout grâce aux morceaux ou elle a fait appel à d’autres instruments comme de la basse, du piano ou du violon. Comment résister d’ailleurs à cette envolée lyrique de 10 minutes qu’est « hikari no shizuku » ? (qui pourrait aisément figuré dans un film d’ailleurs). La curiosité vient aussi du fait qu’on retrouve Haino Keiji en guest sur un titre, même si leur titre en commun ne m’a pas trop touché…En revanche, « utsuho » vous réconciliera avec facilité avec l’accordéon…