Né le 2 septembre 1953, chaque décennie d'anniversaire de John Zorn est un moment important car cela donne lieu à une série de concerts massifs durant tout le mois de septembre. Les 60th et 70th ont donné lieu a carrément de nombreux shows à travers le monde entier en 2013 et 2023. En 2003, c'est tous le mois de septembre complet qui donné lieu à une série de concerts au Tonic de New York (ouvert entre 1998 et 2007), un club du lower east side qui n'a pas survécu à la gentrification. On retrouve douze volumes de disque sur Tzadik sous l’appellation "50th birthday celebration" (dispo à la lecture). En 1993, il y a eu le 40th birthday celebration durant également le mois de septembre complet, à l'ancienne Knitting factory (celle situé dans l'east village de Manhattan non loin du CBGB, et qui a depuis été délocalisé à Brooklyn) lors d'un "Zornfest" mémorable, mais dont les travaux n'ont malheureusement jamais été publié officiellement...
Il s'agit pourtant certainement du birthday le plus important pour le fondateur de Tzadik : à 40 ans, en pleine force de l'age, il fonde à cette période tous ses projets majeurs dont aucun autre n'aura la même portée historique par la suite. La veille de ce concert de Painkiller ? le 2 septembre 1993, Masada y joue son tout premier concert historique (dispo sur la Archival serie de Tzadik "Masada first live"). Ce live officiel de Masada prouve que ce Zornfest a été enregistré intégralement mais n'a jamais été publié par la suite, peut être que Zorn ne trouvait pas les prestations assez bonnes ? ou peut être des difficultés techniques d'enregistrements ? On ne saura jamais vraiment la vérité. Mais on y retrouvera une première incarnation d'Electric Masada, des lives de Naked city, etc....3 septembre 1993, Painkiller rentre en scène, le vrai trio, avec Bill Laswell et Mick Harris, qui a enregistré seulement peu de temps avant les disques en studio. Une prestation thermo-nucléaire en deux partie (on imagine 8pm et 10pm) absolument dantesque. Le son de ce bootleg est trés correct, on entend bien le public gueuler entre les titres (moins de 50 personnes assurément) donc une prise de son directe, mais une qualité tout à fait honorable, malgrés quelques grésillements et rares micro coupures. Et voila le disque parfait pour faire le lien avec les 5 lives existants de Painkiller (3 japonais, le 50th birthday et le dernier de 2005, voir la section Painkiller du blog). Le trio est en fusion, Laswell est démoniaque, Zorn s'époumone comme un jeune premier, Harris gueule comme un âne, blast comme un vicelard (même si avouons le, c'est le moins bon batteur de Painkiller dans le fond). Pour plus de sauvagerie, Kevin Sharp de Brutal truth vient gueuler en mode grindcore à son tour (!!). Et pour rajouter un peu de folie, Buckethead intervient à la gratte durant le premier set, puis casse sa guitare (C'est Zorn qui l'annonce lui même), mais intervient sur la fin du second set dans un bordel sonore incroyable. Pour tout fan de Zorn, ce live est obligatoire d'écoute et merci à ce bootleg d'exister. Cerise sur le gâteau ? Painkiller livrera un second set le lendemain qu'il me reste à découvrir mais j'en reparlerais assurément
Ps : si quelqu'un connait le planning complet du 40th birthday Zornfest durant le mois de septembre 1993, je suis preneur...



Concert enregistré à Osaka en novembre 94 et qui prolonge l'évolution entamée sur le double disque précédent, mais avec un son et des conditions live, et une maîtrise époustouflante de l'improvisation: c'est à nouveau Oz Fritz qui assure la partie sonorisation, et qui donc contrôle les overdubs nécessaires sur chaque instrument, ce qui lui assure presque une place de 4e membre du groupe. Le son est donc impeccable, même quand il croule sous divers effets, on distingue parfaitement tous les instruments: Mick Harris n'a plus rien de commun avec un batteur habituel de metal, Bill Laswell s'éclate comme un petit fou en changeant de jeu comme de chemise, il y a des moments de groove poisseux, à part égale d'instants de violence vicieuse, sans oublier quand ça déjante complètement façon fusion nucléaire, ce qui permet à John Zorn de nous gratifier de quelques uns de ses meilleurs solos. La montée en pression se fait progressivement, avec des titres oscillant entre 9 et 13 minutes : en premier "Gandhamadana" qui permet à chacun de se tester et au son de se mettre en place, après ce tour de chauffe arrive "Vaidurya" qui nous emmène dans un espace surnaturel, alors "Satapitaka" décide de faire bouger et contenter autant le corps que l'esprit, puis "Bodkyithangga" repart sur du bruitisme zarbi en voyant débarquer mister Yamatsuka Eye aux vocaux, hurleur dément des Boredoms. Le dernier morceau est enfin - sans Laswell ni Harris - un affrontement entre le saxophone alto et le chanteur japonais, où ce dernier va prouver qu'il n'a rien à envier à un Mike Patton déchaîné, ce serait même presque le contraire... Donc le "John and Eye duo Encore" comporte 5 parties : "Black Bile - Yellow Bile - Blue Bile - Crimson Bile - Ivory Bile". L'énorme densité des travaux de Zorn durant cette période (qui menait de front Naked city aussi, autre groupe contemporain majeur) nous permet clairement de juger avec le recul de son avant-gardisme, nous convaincant de jour en jour un peu plus que John Zorn est un monument de la musique moderne...




