dimanche 16 mai 2021

ZAKARYA - Greatest hits

 

Dernier disque en date du quatuor Zakarya, qui remonte déjà à une dizaine d'année, en 2011 donc. Il y a deux pièges à éviter avec ce disque. Premier point, son titre qui peut paraître trompeur, on pourrait croire à un best of de la période Tzadik fort de la présence de quatre disques complet sur la radical jewish culture, il n'en est rien, aucun titre des albums précédents n’apparaît. Second point, étant donné son tracklisting hautement humoristique (une parodie juive de titres très connus, je vous laisse consulter), on aurait pu croire à un recueil de covers en mode accordéon musclé, il n'en ait rien non plus, il s'agit belle et bien de nouvelles compositions. Sinon, retour au fameux klezmer jazz-core, plus rock que jamais puisque je me suis réécouté la disco complète pour la découverte de ce chapitre. J'ai trouvé le disque vraiment super, le groupe était arrivé au summum de son art et de sa formule : une section rythmique solide, des riffs de grattes bien senties, ce fameux accordéon musclé qui se ballade le long des titres et qui demeure le fils conducteur. Gros feeling rock comme je disais, tirant parfois vers le punk, parfois vers plus de lourdeur, mais c'est toujours une vrai réussite. Belle pochette arty made in Tzadik, comme toujours. Hélas, le groupe semble avoir un peu disparu des écrans radars, je n'ai du moins rien trouvé sur la toile...Peut être l'ultime témoignage des strasbourgeois donc, ils peuvent être fier de cette dernière offrande (puis le nom des titres vous feront forcément sourire...)

dimanche 11 avril 2021

KOBY ISRAELITE - Is he listening ?

J'avais été conquis par le premier album de Koby Israelite sortis en grande pompe dans le giron de Tzadik : le multi instrumentiste allait ensuite bénéficier d'une exposition supplémentaire en s'attelant à s'occuper du book of angels de John Zorn et en offrant un volume 4 détonnant. Le second album de 2004 souffrait d'un petit coup de mou et sa réécoute récente ne m'a pas plus marqué que ça. Quid de "Is he listening ?", troisième chapitre de Koby sur Tzadik et sortis en 2009. Je n'aurais mis que 12 ans à le savoir...Il ne faut pas oublier la mise en contexte : Koby Israelite est un muti instrumentiste de Londres, il ne joue pas moins de treize instruments sur ce disque et quelques potes viennent même l'aider avec des instruments plus exotiques ou quand il faut du nombre. Ensuite, le créneau du musicien a toujours été de bousculer les genres et les codes, en cela sa catégorisation de la radical jewish culture est quasi réductrice, tant on assiste à un cocktail musical détonnant. Je pense qu'il s'agit du meilleur disque de Koby de la série. Plus que jamais les fans de Mr Bungle période "california" devraient s'y retrouver car il y a encore plus de gros riffs metal que sur les autres. Riffs qui rencontre évidemment du balkan, du reggae, du klezmer, du jazz, des touches de classique et gypsy, avec une cohésion rare, une alchimie envoûtante, et un sens de l'humour débordant de fantaisie. La production est absolument canon d'ailleurs (il possède son propre studio à Londres) et l'ensemble sonne fort et limpide. Je suis content de terminer sur cette bonne note de la part de Koby Israelite, il n'a sortis qu'un seul album en 2013 puis plus grand chose par la suite et il semble s'être éloigné du label New Yorkais. Il reste cependant un super artiste créatif à découvrir via sa discographie sur Tzadik...   

mardi 23 mars 2021

JAMIE SAFT TRIO - Trouble

Après la création du jamie saft trio en 2005 pour interpréter le premier volume historique du book of angels, les trois musiciens décident de rempiler l'année suivante (sous l'impulsion de Zorn ou de Saft, mystère...) pour un disque intitulé "trouble" mais sous titré plus explicitement "The Jamie Saft trio plays Bob Dylan". Le concept est lâché, la photo de couverture est trés claire : le claviériste barbu est archi fan de Robert Allen Zimmerman, plus connus sous son nom de scène. D'origine juive, la présence du disque au sein de la radical jewish culture est donc pleinement justifié, même si le songwriter se convertira par la suite au christianisme. Saft justifie aussi dans les notes du livret l'existence de "trouble" par le fait que l'on se focalise souvent sur les paroles de Dylan, mais rarement sur la qualité intrinsèque de sa musique qui est pourtant brillante, sachant aussi qu'il savait souvent improviser en concert. Sur les huit titres présents, seulement deux comportent des paroles : Mike Patton se colle à une version tonitruante de la "ballad of a thin man" avec la verve habituelle qu'on lui connait, la ou le chanteur Antony se la joue crooner sur "living the blues". Le reste sera six titres instrumentaux brillants, particulièrement jazzy (peut être seul le dernier titre se distingue par son coté religieux). Greg Cohen est très solide comme à son habitude ; Ben Perowsky ne fait pas trop de bruit au sein de la downtown scene, mais ça reste un excellent batteur au feeling jazz incroyable (on se souvient du live au stone en compagnie de Zorn, Patton, Douglas, etc...). Jamie Saft est quand à lui à l'époque un regular du cercle Zornien : au piano, à l'orgue ou au clavier, il fait des ravages par une technique hors pairs. Je ne connais pas tous les originaux interprétés sur ce disque, ce qui m'a permis une approche trés neutre de ce volume jewish, le verdict tombe assez vite : on a affaire à un magnifique disque de Jazz, qui plaira autant aux initiés qu'aux néophytes de la carrière de Bob Dylan...
 

dimanche 7 février 2021

JERRY HUNT - SongDrapes

 

Jerry Hunt est né en 1943 à Waco, Texas. Jeune musicien talentueux au piano, il fait ses classes avec Jack Ruby, pianiste houleux de strips clubs. Fondateur de sa propre église par correspondance à l'age de treize ans, il devient trés vite un adepte de l’ésotérisme, un fervent des croyances mystiques, des rituels exotiques, de l'approche spirituel des sciences modernes et de la vision d'Aleister Crowley. Aprés l'université, il travaille comme pianiste en 1969 et commence des performances dans des concerts de musique contemporaine. Il devient consultant technique pour des sociétés de productions de films et de vidéos et travaille avec plusieurs directeurs musicaux. A coté de ça, il développe de plus en plus la vision d'un shaman moderne : il commence la construction de ses propres instruments électroniques, et il devient un pionnier de la musique électronique en live, et ceux bien avant l'apparition des samplers commerciaux, des logiciels d’éditions de musiques et des ordinateurs. Il continue de tenter de développer sa vision les années suivantes avec des performances live avec différents artistes comme Karen Finley, Maria Blondeel et le compositeur Joel Ryan. Jerry Hunt restera cependant très confidentiel : seulement deux disques verront le jour en 1979 et 1992. Il meurt fin 1993 d'un cancer, et c'est après sa mort qu'on découvre une partie de sa vision musicale. Tzadik exhume en 1999 les enregistrements nommé "Song drapes", dont une partie seront joué live au Kitchen, un lieu de performance expérimental à NY en 1992 (il y a fort à parier que Zorn était dans l'assistance) avec la récitante Karen Finley que l'on retrouve sur 5 titres du disque. L'atmosphère de cet album est folle : de la musique electro-acoustique bien débridé, certainement joué sur des instruments modifiés ou bien directement sortis des entrailles des "machines" de Jerry Hunt. Les instrumentaux sont absolument envoûtant, la performance de Karen Finley est quand à elle possédée : elle vit son texte à fond. Plusieurs instrumentaux méritait cependant egalement des textes : Zorn a donc envoyé en studio Shelley Hirsch (qui amène un peu plus de musicalité parfois, elle chante plus qu'elle ne parle) sur quatre titres et l'incontournable Mike Patton sur un titre, ou le lascar le transcende, pour devenir une beauté expérimentale. Beau chapitre qui s'inclut à 100 % dans la composer serie, on est clairement dans l'avant garde musicale...

lundi 4 janvier 2021

KEIJI HAINO with BORIS - Black : implication flooding

 

Je continue l'exploration sonique de l'oeuvre de Keiji Haino avec l'écoute de cette collaboration lointaine avec Boris. Dire qu'il s'agit la du tout premier disque long format du trio, on ne peut pas dire qu'ils recherchaient le succès à l'époque (note : le premier disque du moins à leurs yeux, ils avaient sortis leur premier disque "absolutego" deux ans auparavant, mais le considère comme un single, la chanson unique d'ultra sludge durant tout de même 60 minutes !). Quel chaos sonore ! dans l'absolu, on pouvait s'en douter, mais le son est vraiment extrêmement limite la aussi, une prise live avec beaucoup de larsens. Boris joue sur la dissonance tout du long, pas de gros riffs lourds, plutôt des montées sonores et bruitistes progressives avec beaucoup de larsens, et une batterie tout en improvisation. Puis par dessus Keiji qui rajoute du bruit, hurle, torture sa guitare, et joue parfois du Oboe pour ambiancer un peu la galerie. C'était le 31 aout 1997, et le public a du en prendre plein la gueule ce jour la. La pochette l'atteste de toute façon, surtout que les clubs japonais sont petits mais jouent à des volumes sonores incandescent (Je l'ai vécu...), c'est bien simple, il n'y a pas de limites. Un disque nippon taré, qui aurait pu être dans la new japan serie. Étrangement, la seule collaboration de Boris avec le wizard japonais, tandis que le trio en a sortis des dizaines d'autre avec Merzbow. J'en parlerai prochainement...

vendredi 1 janvier 2021

DAVID SLUSSER - Delight at the end of the tunnel

 

David Slusser a commencé par jouer du saxophone à l'age de 10 ans avant de s’intéresser aux collages de bandes et autres manipulations du son. Il déménage à San Francisco en 1977 aprés avoir obtenu son premier boulot dans l'industrie du cinéma, puis il rejoint la société Lucasfilm en 1984 pour se consacrer à plein temps aux bruitages et autres effets sonores dans les films. Il a travaillé avec David Lynch, Francis Ford Coppola et bien évidemment Georges Lucas. Il rencontre John Zorn au milieu des années 80 et on le retrouve sur quelques disques du patron de Tzadik ("elegy" "dictée/liber novus"...), une relation amicale comme Zorn doit en avoir avec des centaines de musiciens. Slusser commençait à intégrer de plus en plus d'éléments musicaux dans ses effets sonores pour la télévision, et à ajouter plus d'effets de sons dans ses performances musicales; il était à l'aise avec cette ambiguïté jusqu’au jour ou Zorn lui demanda de composer un disque solo pour sa composer serie fraîchement nouvelle. Il dut réfléchir un moment puis se mettra à l'oeuvre avec pour but de mélanger de l’électronique, des effets sonores, des ambiances naturelles, des dialogues, des instruments de musique et des effets de studio, le tout dans une édition digitale. Pas facile à faire mais il releva le défi avec brio. Trés compliqué d’écrire sur ce disque en revanche, un maelstrom sonore indescriptible mais franche fascinant, de la pure musique expérimentale dans la grande tradition de Tzadik (une mention spéciale au dernier titre groovy et déjanté....). En tous cas, j'ai beaucoup aimé et je vous le recommande chaudement. Il semble que ce fut la seule incursion solo de David Slusser, et il semble de nos jours plus s'amuser à jouer du saxophone dans des tribute band à Sun ra !

lundi 30 novembre 2020

RUINS - Mandala 2000/Live at Kichijoji Mandala II

 

Si il y a évidemment une épreuve que pouvait passer brillamment le duo taré Ruins, c'est bien celle du live. Leur musique folle et débridé est taillé pour ça, et si je ne les ai jamais vu en concert (il y a eu peu de tournée en Europe), j'imagine qu'ils doivent être hyper impressionnant : grâce certainement à une technique et dextérité folle et hors du commun, l'écoute des disques l'atteste à elle seule. Enregistré au Mandala de Tokyo le 12 juillet 2000, ce live possède un son canon, et une fureur encore plus sidérante qu'en studio. En revanche encore une fois, aucune trace audio du public, une récurrente sur les disques Tzadik estampillé "live", sans qu'on sache vraiment pourquoi. Le tracklist de 23 plages tape dans tout le back catalogue du groupe, allant dans des blasts soniques de 40 secondes jusqu’à quelques compositions complexes de 5 minutes. Lors du rappel d'une vingtaine minutes, un pote se joint à eux sur scène avec son violon électrique, pour encore un peu plus de folie, notamment lors d'un "hard rock medley" assez hilarant. Magnifique pochette une nouvelle fois, une récurrente chez Ruins, et un excellent chapitre issus du pays du soleil levant...

RUINS - Symphonica

 

J'avais déjà kroniké sur mon blog deux disques du duo frappadingue Ruins : un disque traditionnel du combo, et une rencontre avec le guitariste anglais improvisateur Derek Bailey qui faisait donc du coup un trio. Nous voici de retour sur la New japan avec cet enregistrement qui modifie encore une fois la donne : on a le droit cette fois à un quintet ! Apparition une nouvelle fois du look "caillasse style", et le duo nous livre pour le coup, et comme son nom l'indique, leur propre vision de la symphonie. En plus de Yoshida Tatsuya à la batterie et de Sasaki Hisashi à la basse, se sont rajouté un claviériste aux sonorités cosmiques avec son synthé, et deux chanteuses japonaises. L'ajout de ses trois musiciens supplémentaires apporte une coloration incroyablement différente aux compositions de Ruins, donc on en retrouve pourtant trois sur des disques précédents mais en version minimaliste "ruins classique". Le groupe semble avoir enregistré normalement en duo, puis a ajouté le clavier ainsi que les choeurs. Yoshida y chante tout le long son chant "kobaïen" imaginé, sur lequel les chanteuses se greffe parfaitement. Le clavier s'accorde parfaitement avec toutes les cassures, breaks, et disgressions de la section rythmique, offrant des titres riches et imprévisibles. Alors évidemment, l'ensemble perd en identité "Ruins" et sonne plus comme du rock progressif des 70's, comme il en a existé des milliers de groupes. Mais pour un disque ayant vu le jour en 1998, il demeure tout simplement phénoménal de folie. Je pense que Zorn tenait la sa vision du psyché 70's à lui. Ce "symphonica" est en tous cas à découvrir d'urgence, même les fans de Ruins seront surpris...

dimanche 29 novembre 2020

BUN CHING LAM - ...Like water

 

J'avais déjà chroniqué le second disque de Bun ching Lam sortis en 1998 et que vous pouvez retrouver dans la catégorie "composer serie", j'avais été moyennement convaincu d'ailleurs. Ce premier disque sortis l'année d'avant en 1997 m'a beaucoup plus séduit. "...Like water" porte bien son nom : il y a une plénitude et un calme comme si on regardait un lac tout calme sur une berge dans la forêt. On oeuvre içi dans un minimalisme expérimental vraiment sympa, frôlant parfois avec de l'ambiant. La compositrice chinoise a fait appel au trio Abel/Steinberg/Winant pour donner vie à l'opus, il aurait d'ailleurs été expressément composé pour eux. On retrouve donc qui s'entrecroise un piano, un violon, et des percussions qui s'avère souvent être du marimba, ou autres instruments tubulaires qui sont plus dans une veine relaxante qu'autre chose. Fait assez notable, le disque est assez court (27 petites minutes au compteur), mais il n'indispose jamais du coup. Difficile d'en faire une plus longue description (comme chaque disques Tzadik ?) mais ce volume de la composer serie demeure fort agréable et je recommande sans soucis ce "...Like water". Détail amusant : Bun Ching Lam vit à Paris désormais et demeure facilement joignable pour nous autres français (son numéro de téléphone est même inscrit sur son site...)

vendredi 13 novembre 2020

GUY KLUCEVSEK - Stolen memories

 

Du old school Tzadik pour ce disque qui est le 18eme de la série Composer et qui date de 1996. Le label fête ses 25 ans cette année, joyeux anniversaire ! Guy Klucevsek est une connaissance de John Zorn puisque qu'il vit dans une maison de Staten Island et traîne dans la downtown scene depuis 1985. C'est en plein milieu de sa discographie que parait ce superbe disque sur le label new yorkais. C'est en entendant une mélodie africaine à la radio que l'accordéoniste eu l'idée de composer "stolen memories", il griffonna sur un papier toutes les partitions des futurs morceaux puis les oublia dans son bureau ! ce n'est qu'en faisant le ménage chez lui des mois plus tard qu'il retrouva ses notes et eu l'idée de les exploiter. Il réunit son groupe le "Bantam orchestra" pour donner vie aux titres : on retrouve les deux soeurs Parkins aux violons et violoncelle, Achim Tang à la basse et Klucevsek lui même à l'accordéon et au piano. Les neuf titres sont superbes, même si trés honnêtement, il ne rappelle en rien un coté africain. On est plutôt transporté dans un univers de mélodies juives, comme la radical jewish culture nous en a pondu des centaines d'exemples, certainement la faute à la présence de l'accordéon. On relèvera spécifiquement le superbe et ambiancé "Tesknota" (en mémoire à John Cage) qui dure 14 minutes et qui est d'une beauté lyrique magnifique. Mais les autres titres sont également excellents et ce disque "archive " de Tzadik mérite grandement d'être découvert...