Je ne pourrais pas cette fois çi me fendre du petit texte d'intro habituel pour les filmworks : démarré en 1986, publié à partir de 1995 sur Tzadik et depuis 2008 sur mon modeste blog, ce volume vingt cinquième du nom sera à priori le dernier. La décision est tombé un peu comme un couperet et a du en étonner plus d'un. Mais John Zorn se justifie pleinement dans le livret accompagnant le disque : la création des bandes sons de films l'intéresse moins qu'à ses débuts, et il se servait de ce prétexte durant des années pour convier les musiciens et enregistrer en studio assez rapidement une musique différente, accessible, mélodique, moins exigeante techniquement et surtout très spontanée. Mais après toute ces années, puis l'enregistrement de projet comme the dreamers ou l'Alhambra love songs, le saxophoniste a réalisé qu'il n'avait plus besoin d'excuses extérieures pour enregistrer ce genre de musique. Ajoutons à cela les difficultés de communication et d'entente avec certains réalisateurs (ou pire leur entourage), voila schématiquement ce qui aura eu raison de la motivation du compositeur à composer des bandes sons de films...
Pour finir par un compte rond ou par superstition numérologique (allez savoir...), Tzadik a donc fouillé les cartons pour réunir les morceaux de 3 projets différents, mais qui ont la particularité de tous avoir été composé au piano solo. En premier lieu, différents petits courts métrages sur l'ouverture du premier musée juif de Moscou, dirigé par Oren Rudavsky, réalisateur proche de Zorn avec qui une collaboration sur deux filmworks passés. 2012 était une année hyper booké pour John Zorn mais il n'a pas eu le cœur de dire non à un vieil ami ; de par la teneur des images historique en noir et blanc, le new yorkais a de suite pensé à du piano solo. Seul bémol, après plusieurs coup de fils passés, aucun pianiste du cercle Zornien n'est disponible dans les prochains jours (certainement dans les rangs Rob Burger, John Medeski, Jamie Saft, Uri Caine, Sylvie Courvoisier...), reste deux options : le jouer lui même (mais ses compétences sont limités dixit lui même) ou abandonner le projet. Puis petit coup du destin : Zorn était invité à un concert de jazz au Guggenheim museum le lendemain et décida d'y aller en journée pour voir le groupe répété (il confesse d'ailleurs que ces nuits sont consacrés à l'écriture et à la composition) face à la belle journée printanière en traversant central park à pied. Une fois sur place, il découvre Omri Mor, jeune pianiste israélien dont il a beaucoup entendu parlé et il est scotché par sa technique et son feeling unique. Une fois branché, le rendez vous en studio est pris quelques jours après et 14 titres sont enregistrés, tous superbes et lyriques. Zorn sera particulièrement conquis, il annonce d'ailleurs l'enregistrement futur d'un book of angels du trio du pianiste pour mi-2013 mais ça n'a pas pu se faire à priori...
Ensuite, Marc Levin, autre réalisateur déjà habitué des filmworks demanda à Zorn quelques titres de Masada en licence pour son nouveau documentaire sur NY "Schmatta", puis ce dernier lui improvisa au piano trois titres lors d'une session rapide le 15 juin 2009. Le style assez sombre et lunaire de Zorn au piano est assez classique du genre, pas incontournable, avouons le. Puis pour finir un titre inédit interprété par Rob Burger "Beyond the infinite" qui n'avait pas trouvé sa place sur le disque "The goddess"
Comme on dit dans le cinéma, "rideau" sur les filmworks. Nous verrons en fait par la suite et au fur et à mesure des nouveaux travaux Zornien si la série nous manque ou pas. Elle nous a offert cependant de superbes moments musicaux et c'est surtout cela que l'on retiendra...
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samedi 5 avril 2014
vendredi 28 mars 2014
JOHN ZORN - Filmworks XXIV (The nobel prize winner)
Poursuite rétrospective de la série des filmworks de John Zorn, débuté en 1986 et se poursuivant inlassablement de nos jours. On retrouve tout cette série dans la archival serie de Tzadik, qui couvre tous les enregistrements que sort le compositeur new yorkais de nos jours. Le Filmworks XIVI voit le jour en 2010 pour être la bande son d'une comédie noire hollandaise de Timo Veltkamp pour raconter l'histoire d'une ancienne gloire de l'écriture qui demande à un jeune auteur talentueux mais sans succès de l'aider à finir son œuvre.
Filmé en noir et blanc, cette comédie cynique et brillante est extrêmement réussi selon la critique. Le compositeur Van Dyke Parks devait normalement s'atteler à donner une vie musicale au film, mais des soucis de planning firent capoter l'affaire. Quelques titres de Zorn avaient été incrustés dans les divers essais de montage, le réalisateur demanda en toute logique si ce dernier voulait s'en occuper, et il accepta avec plaisir. John Zorn ne vit pas trop par ou commencer, pensant d'abord à n'utiliser que des effets sonores sans instruments. Après plusieurs visions, le compositeur décida qu'il fallait quelque chose de plus intimiste et personnel pour faire rentrer le spectateur plus profondément dans l'histoire, le piano solo fût d'abord envisagé, à l'instar de la bande son de David Shire "The conversation" de Coppola. Veltkamp approuva totalement l'idée, mais suggéra d'amener plus d'instruments pour la variété des sons, l'option piano trio se dégagea assez facilement, Trevor Dunn à la basse, Kenny Wollessen à la batterie et Rob Burger au piano furent appelé en studio.
Ecrit lors d'une seule journée de dimanche pluvieux, la musique composée par John Zorn couvre ici une palette d'émotions différentes pour caler aux diverses scènes du film. Comparé à ses récents travaux assez difficile techniquement à ce moment la, les compositions simples et intuitives présentes sur ce volume fut un vrai plaisir à enregistrer pour les musiciens, décontractés et inspirés, qui ont fait un superbe travail il est vrai. Section rythmique parfaite, et un piano souvent tendre et juste.
John Zorn finit ensuite ses notes en nous expliquant que cette collaboration a été très agréable de bout en bout, mais qu'il émet des doutes sur sa volonté à poursuivre cette série car ça n'a pas été souvent le cas, les réalisateurs et leurs entourages étant de plus en plus investis dans la direction musicale que doit prendre un projet de film, brisant la confiance entre le réalisateur et le compositeur, aliénant toute vision de créativité et de spontanéité. Il est impossible pour le new yorkais de travailler dans cet état d'esprit, la liberté d'action étant de plus en plus réduite ; même si il est toujours attiré par le format des "travaux de films", que la musique est souvent sublime dans ce cadre (même si son utilisation peut être raté), et qu'il souhaite toujours que ses travaux parviennent à satisfaire un réalisateur, John Zorn est désormais convaincu qu'il lui est impossible de créer de la musique pouvant plaire a tous le monde hormis à lui même et ses musiciens...
Filmé en noir et blanc, cette comédie cynique et brillante est extrêmement réussi selon la critique. Le compositeur Van Dyke Parks devait normalement s'atteler à donner une vie musicale au film, mais des soucis de planning firent capoter l'affaire. Quelques titres de Zorn avaient été incrustés dans les divers essais de montage, le réalisateur demanda en toute logique si ce dernier voulait s'en occuper, et il accepta avec plaisir. John Zorn ne vit pas trop par ou commencer, pensant d'abord à n'utiliser que des effets sonores sans instruments. Après plusieurs visions, le compositeur décida qu'il fallait quelque chose de plus intimiste et personnel pour faire rentrer le spectateur plus profondément dans l'histoire, le piano solo fût d'abord envisagé, à l'instar de la bande son de David Shire "The conversation" de Coppola. Veltkamp approuva totalement l'idée, mais suggéra d'amener plus d'instruments pour la variété des sons, l'option piano trio se dégagea assez facilement, Trevor Dunn à la basse, Kenny Wollessen à la batterie et Rob Burger au piano furent appelé en studio.
Ecrit lors d'une seule journée de dimanche pluvieux, la musique composée par John Zorn couvre ici une palette d'émotions différentes pour caler aux diverses scènes du film. Comparé à ses récents travaux assez difficile techniquement à ce moment la, les compositions simples et intuitives présentes sur ce volume fut un vrai plaisir à enregistrer pour les musiciens, décontractés et inspirés, qui ont fait un superbe travail il est vrai. Section rythmique parfaite, et un piano souvent tendre et juste.
John Zorn finit ensuite ses notes en nous expliquant que cette collaboration a été très agréable de bout en bout, mais qu'il émet des doutes sur sa volonté à poursuivre cette série car ça n'a pas été souvent le cas, les réalisateurs et leurs entourages étant de plus en plus investis dans la direction musicale que doit prendre un projet de film, brisant la confiance entre le réalisateur et le compositeur, aliénant toute vision de créativité et de spontanéité. Il est impossible pour le new yorkais de travailler dans cet état d'esprit, la liberté d'action étant de plus en plus réduite ; même si il est toujours attiré par le format des "travaux de films", que la musique est souvent sublime dans ce cadre (même si son utilisation peut être raté), et qu'il souhaite toujours que ses travaux parviennent à satisfaire un réalisateur, John Zorn est désormais convaincu qu'il lui est impossible de créer de la musique pouvant plaire a tous le monde hormis à lui même et ses musiciens...
lundi 17 mars 2014
JOHN ZORN - Filmworks XXIII (El general)
Poursuite rétrospective de la série des filmworks de John Zorn, débuté en 1986 et se poursuivant inlassablement de nos jours. On retrouve tout cette série dans la archival serie de Tzadik, qui couvre tous les enregistrements que sort le compositeur new yorkais de nos jours. Le Filmworks XXIII voit le jour en 2009 pour couvrir un documentaire sur la vie du controversé président mexicain Plutarco Elias Calles (au pouvoir dans les années 20) et considéré comme l'un des pères fondateurs du Mexique moderne.
En juillet 2008, Marc Ribot informe John Zorn que l'une de ses bonnes amies Natalia Almada avait envisagé de faire appel à lui pour la bande son de son nouveau film (soit donc un documentaire sur son grand père en l'occurrence, plus d'infos sur le net). 2008 aura été une année charnière pour Zorn et le cinéma puisque pas moins de quatre filmworks furent enregistrés, ce dernier commença donc à en avoir un peu marre du paramètre cinéma (avec les contraintes qui vont avec), préférant bosser sur The crucible à venir ou bien des chamber works. De plus lors de leur premier échange, la réalisatrice et le compositeur ne sont pas parfaitement en adéquation, elle souhaite s'investir pleinement dans le processus de composition (ce que Zorn déteste), et va aussi aller voir dans les ateliers du festival de Sundance pour éventuellement trouver un musicien créatif avec qui collaborer. Le contact en reste la, même si la porte reste ouverte en cas d'échec dans sa recherche.
Natalia revient à la charge quelques semaines plus tard, s'ensuit une longue série d'e-mails entre elle et le compositeur, Zorn avouant qu'il n'avait jamais passer autant de temps à essayer de déboucher sur quelque chose. Deux mois après, le compositeur n'a toujours pas vu le film mais il est cependant sur d'une chose : le projet n'est pas fait pour lui, et en septembre, les deux parties tombent d'accord sur le fait que la musique sera mieux faites par quelqu'un d'autre, et les deux protagonistes rompt le contact à l'amiable. Quelques semaines plus tard, le téléphone sonna, c'était Marc Ribot qui lui demanda une faveur : Natalia Almada avait échoué à trouver un compositeur approprié pour son documentaire, pouvait t'il essayer de l'aider en devenant son compositeur ? Zorn expliqua à Ribot qu'il n'avait pas la même vision du projet et qu'ils ne voyaient pas de la même manière la collaboration. Ribot insista, et sachant qu'il s'agit de l'un de ses meilleurs amis et de ses plus fidèles et importants collaborateurs, il accepta. Réservation du studio le 7 octobre pour une seule journée avec Marc Urselli, le groupe est composé de fidèles comme d'habitude pour aller assez vite. Peu souvent dispo ces derniers temps, Greg Cohen peut répondre présent à la basse, Rob Burger à l'accordéon ou piano, Kenny Wollesen à la batterie ou Marimba, et Marc Ribot en pièce centrale à la guitare, puisque il est en partie responsable du projet. La réalisatrice du film ne voulait pas de musique mexicaine, tablant plus sur une musique minimaliste et abstraite. Zorn n'est pas d'accord avec ce point de vue, pensant que le film réclame plus de reliefs dans les sonorités. Se sentant une plus grande responsabilité vis à vis de Ribot, le compositeur new yorkais ira même jusqu'à écrire de fois plus de titres que prévus, certains finiront d'ailleurs sur certains disque de The dreamers...
Après avoir envoyé un dernier mail à la réalisatrice lui demandant si elle était sure de ne pas vouloir annuler la session studio (et donc dépenser de l'argent) sachant qu'ils avaient une opinion différente, la session eu lieu, 11 titres furent enregistrés, tous exceptionnellement beau, couvrant différentes variétés d'émotions et de rythmes, mais avec une magnifique justesse des quatre musiciens et un superbe feeling. John Zorn était particulièrement content du travail de Marc Ribot, les deux hommes étant d'ailleurs convaincus que Natalia Almada serait conquise par la musique fournit dans ce filmworks. Ils avaient tout faux : non seulement la réalisatrice n'utilisa que deux morceaux pour son documentaire, mais elle engagea aussi dans le dos de tous le monde un autre compositeur pour compléter la bande son. Moralité de l'histoire selon John Zorn : toujours ses premiers instincts, on le sent d'ailleurs bien amer de l'histoire au final. Reste cependant un sublime volume que personne chez les zornologues ne devraient renier...
En juillet 2008, Marc Ribot informe John Zorn que l'une de ses bonnes amies Natalia Almada avait envisagé de faire appel à lui pour la bande son de son nouveau film (soit donc un documentaire sur son grand père en l'occurrence, plus d'infos sur le net). 2008 aura été une année charnière pour Zorn et le cinéma puisque pas moins de quatre filmworks furent enregistrés, ce dernier commença donc à en avoir un peu marre du paramètre cinéma (avec les contraintes qui vont avec), préférant bosser sur The crucible à venir ou bien des chamber works. De plus lors de leur premier échange, la réalisatrice et le compositeur ne sont pas parfaitement en adéquation, elle souhaite s'investir pleinement dans le processus de composition (ce que Zorn déteste), et va aussi aller voir dans les ateliers du festival de Sundance pour éventuellement trouver un musicien créatif avec qui collaborer. Le contact en reste la, même si la porte reste ouverte en cas d'échec dans sa recherche.
Natalia revient à la charge quelques semaines plus tard, s'ensuit une longue série d'e-mails entre elle et le compositeur, Zorn avouant qu'il n'avait jamais passer autant de temps à essayer de déboucher sur quelque chose. Deux mois après, le compositeur n'a toujours pas vu le film mais il est cependant sur d'une chose : le projet n'est pas fait pour lui, et en septembre, les deux parties tombent d'accord sur le fait que la musique sera mieux faites par quelqu'un d'autre, et les deux protagonistes rompt le contact à l'amiable. Quelques semaines plus tard, le téléphone sonna, c'était Marc Ribot qui lui demanda une faveur : Natalia Almada avait échoué à trouver un compositeur approprié pour son documentaire, pouvait t'il essayer de l'aider en devenant son compositeur ? Zorn expliqua à Ribot qu'il n'avait pas la même vision du projet et qu'ils ne voyaient pas de la même manière la collaboration. Ribot insista, et sachant qu'il s'agit de l'un de ses meilleurs amis et de ses plus fidèles et importants collaborateurs, il accepta. Réservation du studio le 7 octobre pour une seule journée avec Marc Urselli, le groupe est composé de fidèles comme d'habitude pour aller assez vite. Peu souvent dispo ces derniers temps, Greg Cohen peut répondre présent à la basse, Rob Burger à l'accordéon ou piano, Kenny Wollesen à la batterie ou Marimba, et Marc Ribot en pièce centrale à la guitare, puisque il est en partie responsable du projet. La réalisatrice du film ne voulait pas de musique mexicaine, tablant plus sur une musique minimaliste et abstraite. Zorn n'est pas d'accord avec ce point de vue, pensant que le film réclame plus de reliefs dans les sonorités. Se sentant une plus grande responsabilité vis à vis de Ribot, le compositeur new yorkais ira même jusqu'à écrire de fois plus de titres que prévus, certains finiront d'ailleurs sur certains disque de The dreamers...
Après avoir envoyé un dernier mail à la réalisatrice lui demandant si elle était sure de ne pas vouloir annuler la session studio (et donc dépenser de l'argent) sachant qu'ils avaient une opinion différente, la session eu lieu, 11 titres furent enregistrés, tous exceptionnellement beau, couvrant différentes variétés d'émotions et de rythmes, mais avec une magnifique justesse des quatre musiciens et un superbe feeling. John Zorn était particulièrement content du travail de Marc Ribot, les deux hommes étant d'ailleurs convaincus que Natalia Almada serait conquise par la musique fournit dans ce filmworks. Ils avaient tout faux : non seulement la réalisatrice n'utilisa que deux morceaux pour son documentaire, mais elle engagea aussi dans le dos de tous le monde un autre compositeur pour compléter la bande son. Moralité de l'histoire selon John Zorn : toujours ses premiers instincts, on le sent d'ailleurs bien amer de l'histoire au final. Reste cependant un sublime volume que personne chez les zornologues ne devraient renier...
lundi 3 mars 2014
JOHN ZORN - Filmworks XXII (The last supper)
Poursuite rétrospective de la série des filmworks de John Zorn, débuté en 1986 et se poursuivant inlassablement de nos jours. On retrouve tout cette série dans la archival serie de Tzadik, qui couvre tous les enregistrements que sort le compositeur new yorkais de nos jours. Le Filmworks XXII date également de 2008, ce qui en fait la troisième bande son zornienne cette année la. La bande son couvre un film ahurissant et improbable réalisé par un français, Arno Bouchard...
On connaît toute l'affection de John Zorn pour le cinéma hautement expérimental (Smith, Anger, Hills, Godard, Jodorowsky, etc...) et c'est en partant de ce principe qu'on se doute que le compositeur new yorkais fût complètement bluffé à la première vision de "The last supper". Film complètement décalé, improbable, aussi envoûtant que dérangeant, toute la genèse de l'œuvre est expliqué par le jeune réalisateur dans une interview sur son site internet, et un trailer officiel est disponible sur internet, le film entier ayant été apparemment distribué en toute petite quantité et en version ultra limité. C'est peut être d'ailleurs pour cela que ce filmworks est accompagné d'un très beau livret emballé dans un fourreau classieux regroupant pas mal de photos du film (il s'agit avant tout d'une œuvre visuelle, en plus d'être complètement cosmique). On souffla l'idée à Arno Bouchard d'une bande son composé par John Zorn, lui qui voulait à la base juste inséré une voix parlante mais ne trouvé pas les textes collant aux images chocs. Un dvd, storyboard et scénario fût passé à Zorn lors de sa résidence à Paris à la salle Pleyel en 2008. Soufflé par le spectacle ("l'un des films le plus étrange que j'ai vu..."), le new yorkais se met à avoir pas mal d'idée avant même que le réalisateur ne lui demande quelque chose. Bouchard voulait à la base prendre en licence "Kol Nidre" (qu'on retrouve sur "Cartoon S/m"), une pièce tendance religieuse. Etant donné la certaine teneur sexuelle et torride des scènes, Zorn désapprouva totalement cette idée, mais proposa comme à l'accoutumée de composer une bande son complète et originale à la place...
John Zorn voulait à la base suivre la violence bizarre des images en fournissant des sonorités industrielles/noise très intense en appelant le quatuor Ribot, Laswell, Mori et Winant. Ca aurait pu péter des flammes, avouons le. Mais au plus il visionna le film, au plus il voulait plutôt instauré un sentiment plus profond, un calme rituel et hypnotique. Bouchard laissa carte blanche, une autre vision fût choisie, les premiers instruments du monde, l'association des percussions et des voix. Un excellent choix je trouve, la bande son est particulièrement réussis, et colle parfaitement aux images du film, notamment ce "Virgin sacrifice" anthologique. Zorn et Cyro Baptista aux percussions, et les mêmes chanteuses que sur "Frammenti del sapho" (sur "Mysterium", voir la composer serie) nous offre un disque homogène qui s'écoute d'une seule traite, et qui outre "The last supper", pourrait largement convenir de bande son pour des pièces de danse ou de théâtre...
On connaît toute l'affection de John Zorn pour le cinéma hautement expérimental (Smith, Anger, Hills, Godard, Jodorowsky, etc...) et c'est en partant de ce principe qu'on se doute que le compositeur new yorkais fût complètement bluffé à la première vision de "The last supper". Film complètement décalé, improbable, aussi envoûtant que dérangeant, toute la genèse de l'œuvre est expliqué par le jeune réalisateur dans une interview sur son site internet, et un trailer officiel est disponible sur internet, le film entier ayant été apparemment distribué en toute petite quantité et en version ultra limité. C'est peut être d'ailleurs pour cela que ce filmworks est accompagné d'un très beau livret emballé dans un fourreau classieux regroupant pas mal de photos du film (il s'agit avant tout d'une œuvre visuelle, en plus d'être complètement cosmique). On souffla l'idée à Arno Bouchard d'une bande son composé par John Zorn, lui qui voulait à la base juste inséré une voix parlante mais ne trouvé pas les textes collant aux images chocs. Un dvd, storyboard et scénario fût passé à Zorn lors de sa résidence à Paris à la salle Pleyel en 2008. Soufflé par le spectacle ("l'un des films le plus étrange que j'ai vu..."), le new yorkais se met à avoir pas mal d'idée avant même que le réalisateur ne lui demande quelque chose. Bouchard voulait à la base prendre en licence "Kol Nidre" (qu'on retrouve sur "Cartoon S/m"), une pièce tendance religieuse. Etant donné la certaine teneur sexuelle et torride des scènes, Zorn désapprouva totalement cette idée, mais proposa comme à l'accoutumée de composer une bande son complète et originale à la place...
John Zorn voulait à la base suivre la violence bizarre des images en fournissant des sonorités industrielles/noise très intense en appelant le quatuor Ribot, Laswell, Mori et Winant. Ca aurait pu péter des flammes, avouons le. Mais au plus il visionna le film, au plus il voulait plutôt instauré un sentiment plus profond, un calme rituel et hypnotique. Bouchard laissa carte blanche, une autre vision fût choisie, les premiers instruments du monde, l'association des percussions et des voix. Un excellent choix je trouve, la bande son est particulièrement réussis, et colle parfaitement aux images du film, notamment ce "Virgin sacrifice" anthologique. Zorn et Cyro Baptista aux percussions, et les mêmes chanteuses que sur "Frammenti del sapho" (sur "Mysterium", voir la composer serie) nous offre un disque homogène qui s'écoute d'une seule traite, et qui outre "The last supper", pourrait largement convenir de bande son pour des pièces de danse ou de théâtre...
dimanche 27 octobre 2013
JOHN ZORN - Filmworks XXI
Poursuite rétrospective de la serie des filmworks de John Zorn, débuté en 1986 et se poursuivant inlassablement de nos jours. On retrouve tout cette série dans la archival serie de Tzadik, qui couvre tous les enregistrements que sort le compositeur new yorkais de nos jours. Le Filmworks XXI date également de 2008, ce qui en fait la troisième bande son zornienne cette année la. Un documentaire et un film qui n'ont strictement rien à voir hormis leur relative courte durée, ce qui permit d'enquiller les deux sur un même volume.
John Zorn explique en introduction que même après 15 bandes sons de films déjà faites, les offres sont très aléatoires : il peut se passer plusieurs années sans un seul coup de fils de réalisateurs, puis soudain en recevoir plusieurs d'un seul coup. Ce fut le cas en 2008 puisque 4 offres intéressantes furent aboutis. Maria Beatty est la première à se manifester : la réalisatrice a déjà travaillé avec le compositeur sur deux précédents filmworks (IV et VI, au milieu des 90's), et son nouveau court métrage pour exprimer la sensualité féminine et le contact avec la nature (tourné en France d'ailleurs). Après avoir pensé à plusieurs sortes d'instrumentations (dont du Tabla, idée abandonner au bout d'une semaine, ne trouvant pas de musiciens adéquates), la combinaison se fera donc avec la harpe, la guitare, et le choix en tout dernier lieu de la basse, Shanir Ezra répondant présent le matin même de la session. Carol Emanuel et Marc Ribot complète le line-up, et signe 7 titres brillants et lyriques à souhait. Dans une veine purement easy listening, la musique est pour le coup en phase absolue avec les atmosphères du film, sensuelle, envoûtante, féminine et parfois mystérieuse. Une belle retenue et sensibilité dont fait preuve John Zorn durant ce court set, ayant parfaitement capturé l'esprit du film...
La seconde partie du disque couvre un documentaire sur la restauration du Rijksmuseum à Amsterdam. La production avait contacté Tzadik à la base pour obtenir certains titres en licence du Masada string trio pour pouvoir les utiliser en trame sonore, la réponse de Zorn est souvent la même face à ces requêtes : pour le même prix, il préfère composer une nouvelle bande son : plus stimulant pour la créativité, les musiciens sont payés, de la nouvelle musique est composée, les disques sortent. Un processus qui satisfait tout le monde, et Zorn pense qu'un film original doit posséder sa propre bande son. Le challenge était principalement de capturer une atmosphère du XVIIeme siècle pour renvoyer à un baroque minimaliste, pour obtenir un ensemble cohérent avec l'univers du musée. L'utilisation du clavecin est donc la principale nouveauté pour Zorn ; Il alterne ce rôle avec Uri Caine selon besoin, dont c'est la première incursion dans un filmwork. On retrouve aussi Cyro Baptista et Kenny Wollesen au vibraphone. Dix titres sympathiques avec effectivement une nouvelle sonorité et approche de par le clavecin, Cyro étant toujours au top avec ces percussions fantastiques, notamment sur "architecture"...
John Zorn explique en introduction que même après 15 bandes sons de films déjà faites, les offres sont très aléatoires : il peut se passer plusieurs années sans un seul coup de fils de réalisateurs, puis soudain en recevoir plusieurs d'un seul coup. Ce fut le cas en 2008 puisque 4 offres intéressantes furent aboutis. Maria Beatty est la première à se manifester : la réalisatrice a déjà travaillé avec le compositeur sur deux précédents filmworks (IV et VI, au milieu des 90's), et son nouveau court métrage pour exprimer la sensualité féminine et le contact avec la nature (tourné en France d'ailleurs). Après avoir pensé à plusieurs sortes d'instrumentations (dont du Tabla, idée abandonner au bout d'une semaine, ne trouvant pas de musiciens adéquates), la combinaison se fera donc avec la harpe, la guitare, et le choix en tout dernier lieu de la basse, Shanir Ezra répondant présent le matin même de la session. Carol Emanuel et Marc Ribot complète le line-up, et signe 7 titres brillants et lyriques à souhait. Dans une veine purement easy listening, la musique est pour le coup en phase absolue avec les atmosphères du film, sensuelle, envoûtante, féminine et parfois mystérieuse. Une belle retenue et sensibilité dont fait preuve John Zorn durant ce court set, ayant parfaitement capturé l'esprit du film...
La seconde partie du disque couvre un documentaire sur la restauration du Rijksmuseum à Amsterdam. La production avait contacté Tzadik à la base pour obtenir certains titres en licence du Masada string trio pour pouvoir les utiliser en trame sonore, la réponse de Zorn est souvent la même face à ces requêtes : pour le même prix, il préfère composer une nouvelle bande son : plus stimulant pour la créativité, les musiciens sont payés, de la nouvelle musique est composée, les disques sortent. Un processus qui satisfait tout le monde, et Zorn pense qu'un film original doit posséder sa propre bande son. Le challenge était principalement de capturer une atmosphère du XVIIeme siècle pour renvoyer à un baroque minimaliste, pour obtenir un ensemble cohérent avec l'univers du musée. L'utilisation du clavecin est donc la principale nouveauté pour Zorn ; Il alterne ce rôle avec Uri Caine selon besoin, dont c'est la première incursion dans un filmwork. On retrouve aussi Cyro Baptista et Kenny Wollesen au vibraphone. Dix titres sympathiques avec effectivement une nouvelle sonorité et approche de par le clavecin, Cyro étant toujours au top avec ces percussions fantastiques, notamment sur "architecture"...
lundi 19 août 2013
JOHN ZORN - Filmworks XX (Sholem Aleichem)

Sholem Aleichem, écrivain russe juif écrivit un grand nombre de romans, nouvelles et pièces de théâtre, principalement en langue Yiddish (langue couramment parlée mais méprisée en littérature), faisant ainsi de lui une figure de proue de la littérature Yiddish. Il connut ensuite de très dures étapes dans sa vie, en marge du succès d'estime de ses œuvres, une ruine personnelle du à une spéculation boursière, la mort tragique de son fils et une contraction à la tuberculose. Il mourut en 1916, et l'hommage de la communauté juive fut sans précédent : 100 000 personnes assistèrent à son enterrement dans le queens, et l'homme possède une place à son nom dans la 33eme rue de Manhattan, NY (et en sus, 2 monuments à Kiev et à Moscou)
Sur les bons conseils de Oren Rudovsky (réalisateur qui collaborera pour ses œuvres sur les filmworks XIV et XVIII entre autres), le réalisateur Joseph Dorman contacta Zorn afin qu'il écrive la musique de son documentaire sur l'écrivain juif. Le premier réflexe du compositeur fut de répondre "pourquoi moi ?", ce dernier connaissant l'écrivain Yiddish, et étant persuadé que la musique virerait Klezmer et clarinette (et effectivement, Frank London ou David Krakauer serait plus approprié). Mais le réalisateur expliqua qu'il voulait mettre en avant le coté plus sombre de la vie et des travaux de l'auteur russe. Si Zorn explique les rouages de la mécanique des musiques de documentaire (aider les transitions, ajouter de la tension, jouer sur le dramatique), il explique aussi que les fonctions musicales sont secondaire dans son procédé, et que l'utilisation de sa musique dans le cadre du film lui est indifférent, ce qui est surprenant. Mais de toute façon, il est de notoriété publique que John Zorn est le plus "punk" des compositeurs de films : il ne rencontre pas le directeur/réalisateur avant l'enregistrement, et n'écoute personne pour la composition (à moins d'allonger un solide tas de billet sur la table, et encore...). Il propose juste assez de musique pour couvrir les scènes, fournit l'enregistrement, et débrouille toi pour la suite...
John Zorn fera appel à des bons camarades à lui puisque qu'on retrouve le Masada string trio sur cette bande son, déjà responsable de plusieurs opus sur Tzadik, et Zorn les dirigeant très souvent au "bâton". Mais la clé de cette bande son unique a été d'inclure Carol Emmanuel à la harpe et Rob Burger à l'accordéon sur tous les morceaux, formation à 5 musiciens donc. Le tout sonne avec une rare cohésion et une ambiance splendide. les 12 titres regorge d'influence, de Bernard Hermann à Astor Piazzolla, avec des réminiscences de Tango. Mais on retiendra surtout l'atmosphère Yiddish qui se dégage de l'ensemble, rendant ainsi parfaitement une forme d'hommage à Sholem Aleichem. de "Shalom, Sholem !" et sa gaieté, jusqu'au plus sombre "mekubolim", on reste soufflé par tant de grâce, aussi bien au niveau de la composition que de l'interprétation impeccable des 5 membres. Les plus érudits d'entre vous auront reconnut un standard de jazz (interprété par Duke Ellington a priori) "caravan", qui s'est transformé en "portable homeland" dans une version Yiddish. Zorn est un peu gonflé de ne même pas l'avoir signalé, on en saura pas plus sur cette dérobade...
"Sholem Aleichem", on n'en saura pas plus sur ce documentaire au final, qui est malheureusement la aussi assez underground. Mais le filmworks XX s'inscrit dans la tradition Zornienne des grands disques de qualité, fait avec goût, distraction et passion. Et nul doute que l'auteur russe aurait été fier de l'héritage musical d'un grand contemporain juif qui rend hommage à la culture Yiddish...
JOHN ZORN - Filmworks XIX (The rain horse)
Poursuite rétrospective de la serie des filmworks de John Zorn, débuté en 1986 et se poursuivant inlassablement de nos jours. On retrouve tout cette série dans la archival serie de Tzadik, qui couvre tous les enregistrements que sort le compositeur new yorkais de nos jours. Le Filmworks XIX date de 2008, et couvre la bande son d'un film d'animation du réalisateur russe Dimitri Geller et qui s'intitule "The rain horse". Peu d'informations sur la genèse du film, mais il est en ligne sur le tube, et a gagné apparemment quelques prix d'animations dans les pays de l'Est. Je n'ai perso pas trop aimé mais ce n'est pas trop le sujet...
Après une requête par mail du jeune russe pour obtenir une licence de plusieurs morceaux du book of angels, Zorn, curieux, demanda à voir son travail et fût séduit par sa vision unique, sa technique et son langage unique et hermétique de l'animation. Le compositeur suggéra, comme c'est déjà arrivé sur d'autre filmworks, d'enregistrer une session complète de nouveaux morceaux pour le même prix, ce qui remplis de joie Dimitri Geller, a priori amateur de l'œuvre Zornienne. Bossant à ce moment la sur le disque "The dreamers", gardant en tête les atmosphères des titres que souhaitait acquérir à la base le réalisateur, et potassant durant quelques semaines les compositions de ce volume, John Zorn voulu d'abord recruter le duo Feldman/Courvoisier, mais indisponible pour cause de tournée. Hésitant entre plusieurs instruments (le vibraphone de Kenny Wollesen ou les flûtes de Steve Gorn), Le maestro se reporta sur Greg Cohen (fraîchement revenu d'Europe), Rob Burger (un vrai improvisateur créatif dans un style folk/classique) et Erik Friedlander (le plus lyrique de son entourage).
Le trio arriva en studio le 15 octobre 2007 en avance et commença à parcourir les partitions. Mais l'accordéon de Rob Burger sonne faux dans ces compositions, Zorn lui demande de changer contre le piano, au désarroi du musicien qui déteste en jouer (lui rappelant les cours étant enfant). Et pourtant, il a effectivement un sacré touché, plus sensible et raffiné que d'autres musiciens de la downtown. Dans la tradition des sessions de Filmworks, l'enregistrement fut le fruit d'un travail acharné durant toute une journée, mais à 18h, les 11 compositions étaient en boite, juste à temps pour que Friedlander récupère sa fille et que Greg Cohen puisse se rendre au concert de jazz de Woody Allen ou il est contrebassiste (tous les lundi soir au Carlisle, un hôtel luxueux de l'upper east side). Le disque fut mixé avec Marc Urselli (autre collaborateur fidèle de Zorn mine de rien) dans la foulée et à 21h, l'affaire était bouclé : 40 minutes de musique pour un film d'animation de 12 minutes. Peut être que le réalisateur étendra son film questionne John Zorn, mais comme il le dit lui même, Ennio Morricone lui a dit il y a quelques années "pense aux compositions musicales, pas au film !". Appliqué ici avec brio par un trio qui nous change du fameux et récurrent Masada string trio. Un beau volume à (re)découvrir, une superbe musique de chambre lyrique et majestueuse...
Après une requête par mail du jeune russe pour obtenir une licence de plusieurs morceaux du book of angels, Zorn, curieux, demanda à voir son travail et fût séduit par sa vision unique, sa technique et son langage unique et hermétique de l'animation. Le compositeur suggéra, comme c'est déjà arrivé sur d'autre filmworks, d'enregistrer une session complète de nouveaux morceaux pour le même prix, ce qui remplis de joie Dimitri Geller, a priori amateur de l'œuvre Zornienne. Bossant à ce moment la sur le disque "The dreamers", gardant en tête les atmosphères des titres que souhaitait acquérir à la base le réalisateur, et potassant durant quelques semaines les compositions de ce volume, John Zorn voulu d'abord recruter le duo Feldman/Courvoisier, mais indisponible pour cause de tournée. Hésitant entre plusieurs instruments (le vibraphone de Kenny Wollesen ou les flûtes de Steve Gorn), Le maestro se reporta sur Greg Cohen (fraîchement revenu d'Europe), Rob Burger (un vrai improvisateur créatif dans un style folk/classique) et Erik Friedlander (le plus lyrique de son entourage).
Le trio arriva en studio le 15 octobre 2007 en avance et commença à parcourir les partitions. Mais l'accordéon de Rob Burger sonne faux dans ces compositions, Zorn lui demande de changer contre le piano, au désarroi du musicien qui déteste en jouer (lui rappelant les cours étant enfant). Et pourtant, il a effectivement un sacré touché, plus sensible et raffiné que d'autres musiciens de la downtown. Dans la tradition des sessions de Filmworks, l'enregistrement fut le fruit d'un travail acharné durant toute une journée, mais à 18h, les 11 compositions étaient en boite, juste à temps pour que Friedlander récupère sa fille et que Greg Cohen puisse se rendre au concert de jazz de Woody Allen ou il est contrebassiste (tous les lundi soir au Carlisle, un hôtel luxueux de l'upper east side). Le disque fut mixé avec Marc Urselli (autre collaborateur fidèle de Zorn mine de rien) dans la foulée et à 21h, l'affaire était bouclé : 40 minutes de musique pour un film d'animation de 12 minutes. Peut être que le réalisateur étendra son film questionne John Zorn, mais comme il le dit lui même, Ennio Morricone lui a dit il y a quelques années "pense aux compositions musicales, pas au film !". Appliqué ici avec brio par un trio qui nous change du fameux et récurrent Masada string trio. Un beau volume à (re)découvrir, une superbe musique de chambre lyrique et majestueuse...
mercredi 7 août 2013
JOHN ZORN - Filmworks XVIII (The treatment)
Poursuite rétrospective de la serie des filmworks de John Zorn, débuté en 1986 et se poursuivant inlassablement de nos jours. On retrouve tout cette série dans la archival serie de Tzadik, qui couvre tous les enregistrements que sort le compositeur new yorkais de nos jours. Le Filmworks XVIII date de 2006, et couvre la bande son d'une comédie romantique d'Oren Rudavsky (qui a déjà travaillé avec Zorn auparavant) et qui s'intitule "The treatment". Il sera récompensé comme un des meilleurs films New Yorkais cette année la.
Rudavsky, le réalisateur contacte assez vite John Zorn pour son nouveau projet, une comédie romantique : A l'entente de ces deux seuls mots, le compositeur décline l'offre, ne pensant pas être l'homme de la situation, son interlocuteur pense le contraire, des objections montent de part et d'autre, un compromis est trouvé : visionner le film avant de prendre une décision finale. Le scénario plait finalement à Zorn, le réalisateur suggère une bande son avec pour base des éléments de Tango, ce qui achève de convaincre le musicien d'entamer son dix huitième filmworks. Le tango est une musique qui a toujours plus à John Zorn, et même si "The treatment" ne sonne pas exactement comme tel, l'esprit et le son des compositions font en sorte qu'on y retrouve une forte coloration.
A partir de ce moment la, le groupe de musiciens se dessine tout seul : le violon est un élément crucial pour le tango argentin et le romantisme, Mark Feldman est donc le premier à répondre présent, il est la pièce centrale des compositions du disque. Après son brillant travail sur le filmworks XIII, l'accordéon était tout désigné pour être Rob Burger, musicien que John Zorn utilisera tardivement mais assez intensivement ces dernières années ; le seul fait de retravailler avec lui était une raison suffisante pour Zorn d'accepter le boulot, c'est dire son estime pour le californien. Pour alléger le son, le piano sera remplacé par du vibraphone, Kenny Wollesen est son ouïe sensible fera parfaitement l'affaire. Enfin pour le bassiste, Le choix a du se faire entre Greg Cohen, Trevor Dunn et Shanir Ezra Blumenkranz, et c'est ce dernier qui fut choisis, solide sur les rythmiques, avec un son profond et généreux. Ce groupe inédit avait du mal à se trouver au début, les premières heures furent difficile, avec des compositions complexes. Marc Ribot fût donc appelé à la dernier minute, afin de structurer l'ensemble et de faire profiter de son expérience studio : Outre une petite apparitions sur deux courts titres, il permit au groupe de focaliser sa concentration, et les sessions commencèrent à décoller. Prise en une ou deux prises, les douze compositions furent assez vite plié par la suite, avec une cohésion et un feeling vraiment superbe. John Zorn sera très satisfait de leur boulot, ayant réussis à jouer l'un des filmworks les plus complexe et aventureux avec passion, style et élégance selon lui. Pas vraiment de thème du film désigné, chaque titres est unique en son genre. Mais le résultat sonne assurément comme un grand disque de John Zorn, prouvant de nouveau son incroyable talent de compositeur...
Rudavsky, le réalisateur contacte assez vite John Zorn pour son nouveau projet, une comédie romantique : A l'entente de ces deux seuls mots, le compositeur décline l'offre, ne pensant pas être l'homme de la situation, son interlocuteur pense le contraire, des objections montent de part et d'autre, un compromis est trouvé : visionner le film avant de prendre une décision finale. Le scénario plait finalement à Zorn, le réalisateur suggère une bande son avec pour base des éléments de Tango, ce qui achève de convaincre le musicien d'entamer son dix huitième filmworks. Le tango est une musique qui a toujours plus à John Zorn, et même si "The treatment" ne sonne pas exactement comme tel, l'esprit et le son des compositions font en sorte qu'on y retrouve une forte coloration.
A partir de ce moment la, le groupe de musiciens se dessine tout seul : le violon est un élément crucial pour le tango argentin et le romantisme, Mark Feldman est donc le premier à répondre présent, il est la pièce centrale des compositions du disque. Après son brillant travail sur le filmworks XIII, l'accordéon était tout désigné pour être Rob Burger, musicien que John Zorn utilisera tardivement mais assez intensivement ces dernières années ; le seul fait de retravailler avec lui était une raison suffisante pour Zorn d'accepter le boulot, c'est dire son estime pour le californien. Pour alléger le son, le piano sera remplacé par du vibraphone, Kenny Wollesen est son ouïe sensible fera parfaitement l'affaire. Enfin pour le bassiste, Le choix a du se faire entre Greg Cohen, Trevor Dunn et Shanir Ezra Blumenkranz, et c'est ce dernier qui fut choisis, solide sur les rythmiques, avec un son profond et généreux. Ce groupe inédit avait du mal à se trouver au début, les premières heures furent difficile, avec des compositions complexes. Marc Ribot fût donc appelé à la dernier minute, afin de structurer l'ensemble et de faire profiter de son expérience studio : Outre une petite apparitions sur deux courts titres, il permit au groupe de focaliser sa concentration, et les sessions commencèrent à décoller. Prise en une ou deux prises, les douze compositions furent assez vite plié par la suite, avec une cohésion et un feeling vraiment superbe. John Zorn sera très satisfait de leur boulot, ayant réussis à jouer l'un des filmworks les plus complexe et aventureux avec passion, style et élégance selon lui. Pas vraiment de thème du film désigné, chaque titres est unique en son genre. Mais le résultat sonne assurément comme un grand disque de John Zorn, prouvant de nouveau son incroyable talent de compositeur...dimanche 17 mars 2013
JOHN ZORN - Filmworks XVII
Poursuite rétrospective de la serie des filmworks de John Zorn, débuté en 1986 et se poursuivant inlassablement de nos jours. On retrouve tout cette série dans la archival serie de Tzadik, qui couvre tous les enregistrements que sort le compositeur new yorkais de nos jours. Le Filmworks XVII date de 2006, et couvre la bande son de deux documentaires distincts n'ayant absolument rien à voir, que ce soit sur la forme et le fond, aussi bien visuellement que musicalement...
Enregistré le Filmworks XVI laissera quelque peu John Zorn sur le carreau : le processus fût long (chose rare pour un filmworks), douloureux, et laissera pas mal de trace quand à l'envie de continuer dans cette voie. La sortie de plusieurs autres disques (book of angels, compilations diverses), quelques dates dans le monde, la création du club The stone à Manhattan, des projets qui auront maintenu le compositeur hors de la phase de composition pour le 7eme art. Les deux projets de documentaire tombe assez vite sur la table, mais Zorn les range dans un placard, ne se sentant pas prêt à rempiler d'entrée de jeu pour des difficultés logistique ou des pannes de créativité. Après un rêve salvateur au mois d'août, le gourou revisionne le documentaire de Martina Kudlacek début septembre, les images font mouche, le déclic se fait, la musique est composé en une après midi, les 9 compositions sont enregistré deux jours après en quelques heures, nous sommes revenus au rituel sacré des filmworks : créativité, spontanéité, rapidité d'exécution. Un line up un peu différent qu'à l'accoutumé est mis en place : Jon Madof à la guitare (pour sa seule apparition dans un filmworks de mémoire), Shanir Bidule à la basse, Kenny Wollesen à la batterie, et Zorn lui même au piano et saxo. Les titres sont pour la plupart dans un registre easy-listening/exotica, brillant et mélodique, instaurant une atmosphère reposante. On notera juste la présence du tonitruant "gogogo", free-jazz balancé durant 8 minutes à bout portant avec le maître lui même au sax. Jon Madof est particulièrement convaincant en remplaçant de Ribot et Wollesen est vraiment un batteur exceptionnel. Le documentaire retrace la carrière de Marie Menken, une réalisatrice indépendante américaine qui jouit d'un succès d'estime aux USA.
Ray Bandar est un chercheur scientifique californien qui a un hobby pas très banal : il collectionne les crânes d'animaux depuis les 70's, et en possède de nos jours plus de 7000 (sa collection devrait finir dans un musée en Californie, condition pour qu'il puisse importer les crânes de par le monde); Un documentaire assez captivant proposé la réalisatrice Beth Cataldo, vous pouvez en visionner une partie sur le tube. Cette dernière contacta Zorn afin d'utiliser une chanson du filmworks XIV dans le documentaire, mais une licence était impossible, la saxophoniste proposa donc pour le même prix de composer une courte bande son complètement originale (Zorn explique d'ailleurs qu'il est un vraiment fan du cinéma et que chaque film devrait posséder sa propre bande son). Il était d'ailleurs familier avec le sujet puisque il avait visité une exposition de Bandar à San Francisco l'année précédente avec ses potes Larry Ochs, William Winant et Mike Patton. La réalisatrice fût ravis par l'idée : après avoir emprunté une série de percussions à Billy Martin, John Zorn rentre dans le studio de Jamie Saft le 7 septembre avec Cyro Batista pour enregistré 5 titres de percussions très tribal et groovy, de quoi coller avec la coté "animaux sauvages" de la collection à Bandar. Un plaisir à enregistrer selon Zorn (il n'exclut pas un jour l'option d'enregistrer un disque en duo avec son percussionniste favori) et une bonne expérience à vivre, bref, toute la recette d'un bon filmworks en somme...
lundi 31 décembre 2012
JOHN ZORN - Filmworks XVI (Workingman's death)
Poursuite rétrospective de la serie des filmworks de John Zorn, débuté en 1986 et se poursuivant inlassablement de nos jours. On retrouve tout cette serie dans la archival serie de Tzadik, qui couvre tous les enregistrements que sort le compositeur new yorkais de nos jours. Le Filmworks XVI date de 2005, et couvre la bande son d'un autre documentaire choc de Michael Glawogger qui s'intitule "Workingman's death".
Un documentaire réellement impressionnant de par son graphisme, sa réalisation et de son contenu global : mettre en lumière les métiers physiques et dangereux dans certains pays, alors que tous ont disparus dans les sociétés occidentales. Composé en six chapitres, le film nous emmène en Ukraine dans le quotidien des mineurs, en Indonésie, au Pakistan, en Chine, et sur le marché aux viande de Port Harcourt au Nigeria (certainement le plus visuellement effarant, la video est en ligne sur le tube). La variété des lieux renforce la difficulté de faire une bonne bande son.
Quand le réalisateur contacta John Zorn, il montra très peu d'enthousiasme : en train d'écrire une nouvelle pièce classique, finissant les 300 morceaux du book of angels, il ne voulait pas se disperser de ces objectifs. Ni une, ni deux, Glawogger prend le premier avion Vienne-New York afin de convaincre le gourou de l'east village en personne ; il est reçus courtoisement mais brièvement, une discussion, un bon repas indonésien, et le voila repartis le lendemain sans avoir vraiment eu de réponse. Puis Zorn se repenche sur la question les semaines suivantes, regardant le film plusieurs fois, admiratif du montage et du contenu choc du documentaire. Une bande son se dessine : étant donné le poids considérable des images, les mélodies semblent inappropriés, les percussions sont donc adoptés (variant et adaptées selon les pays en question), ainsi que l'ajout d'éléments électroniques pour compléter le coté moderne du film.
L'appel des musiciens est assez logique : Cyro Baptista aux percus (qui est présent sur quasi toutes les bandes sons), Ikue Mori pour le laptop, Zorn à l'orgue et percus, Jamie Saft à l'enregistrement et au piano. La dernière plage (avec guitare et basse) fut rajouté à la demande du réalisateur qui voulait un générique de fin plus rythmé. Au final, une bande qui tranche radicalement avec les filmworks easy-listening dont John Zorn nous a habitué : Percussions tribales se mélange avec les "Zorn chords" sombre à l'orgue, tandis que Mori livre des plages ambiantes inquiétantes. L'ensemble fonctionne bien, autant musicalement parlant qu'incorporer dans les images du documentaire. Peut être pas le meilleur chapitre de la série, mais un bel épisode de réflexion de Zorn pour son talent de compositeur de films...
lundi 17 janvier 2011
JOHN ZORN - Filmworks XV (Protocols of Zion)
Poursuite retrospective de la serie des filmworks de John Zorn, débuté en 1986 et se poursuivant inlassablement de nos jours. On retrouve tout cette serie dans la archival serie de Tzadik, qui couvre tous les enregistrements que sort le compositeur new yorkais de nos jours. Le Filmworks XV date de 2004, et couvre la bande son d'un documentaire choc de Marc Levin qui s'intitule "Protocols of Zion".Chose assez rare pour ne pas être signaler, le documentaire a largement été diffusé en Europe et en France, étant donné la gravité de son sujet : la montée de l'anti-semitisme à NY (et aux USA) aprés les attentats du 11 septembre. Diffusé en France sous le nom "les protocoles de la rumeur", le film fût notamment présenté au festival de Deauville et a connu la couverture de pas mal de médias généralistes. Je vous propose donc de ne pas trop m'étendre dessus à titre personnel, et de me concentrer uniquement sur la musique. Je laisse cependant deux liens disponibles ci dessous : une bonne critique du documentaire avec un compte rendu relativement détaillé, et une interview en Français de Marc Levin.
Sans le savoir, beaucoup de monde ont entendu une musique originale de John Zorn au sein du documentaire. "Une évidence de confier le travail à John" selon le réalisateur. "Une de ses meilleures expériences" selon Zorn, comme à peu prés tous les filmworks ceci dit en passant. Ce dernier décida de créer deux thèmes principaux, qui seront repris ensuite de manière différente afin de tenter de couvrir les différents lieux et communautés visitées au sein du documentaire. Le compositeur avait une vague idée de la trame sonore, et aprés accord avec Levin, composa le disque en 20 minutes quelques jours avant la session d'enregistrement. Cela peut paraitre impressionnant, mais il faut tempérer le propos. John Zorn a certainement composer le thème principal assez rapidement, mais l'enregistrement du disque est beaucoup axé sur une forme d'improvisation. Shanir ezra Blumenkranz se colle à la basse pour des lignes groovy et hypnotique (et quelques moment de bravoure au Oud), Cyro Baptista le suis aux percussions avec toute l'aisance qu'on lui connait (et les quelques plages uniquement aux percus sont magiques elles aussi), puis arrive john Zorn qui de son propre choix (et c'est clairement signaler) s'est mis au piano éléctrique ; Hormis le théme principal d'ouverture, on sent que ce dernier demeure en improvisation total, ne sachant quel note va succéder à la précédente, il le mentionne dans le livret, révélant une sorte d'auto-hypnose pour aboutir au résultat. Résultat qui de toute façon demeure absolument brillant. Un filmworks difficile à intégrer sur un sujet aussi grave, mais que le boss de Tzadik reussit avec une rapidité et une facilité désarmante. Peut être pas le plus marquant historiquement parlant, mais clairement un excellent exemple de la mécanique Zornienne en matière de travaux pour le 7eme art...http://www.ecranlarge.com/article-details-574.php
jeudi 30 décembre 2010
JOHN ZORN - Filmworks XIV (Hiding and seeking)
Poursuite retrospective de la serie des filmworks de John Zorn, débuté en 1986 et se poursuivant inlassablement de nos jours. On retrouve tout cette serie dans la archival serie de Tzadik, qui couvre tous les enregistrements que sort le compositeur new yorkais de nos jours. Le Filmworks XIV date de 2003, et couvre la bande son d'un documentaire d'Oren Rudavsky qui s'intitule "hiding and seeking".Zorn fut approché pour ce film durant une période trés active. Mais comme il en avait plein le dos de composer son string quartet "necronomicon" (qu'on retrouvera plus tard sur le disque "magick"), il s'offra un break en composant cette bande son. Le 5eme documentaire juif en 15 ans, celui çi, dirigé par Oren Rudavsky, raconte
l'épopée d'un père juif orthodox qui emméne ses deux fils en pologne à la recherche de leurs racines. Un documentaire pas forcément tourné vers le dramatique comme l'explique Zorn, notamment via les commentaires assez cocasse des deux fils, ce qui lui donna l'idée d'écrire une musique légére. Ecrite en deux heures (!!), enregistré en un jour, mixé le jour suivant. D'obédience juive, cette bande son exotique et délicieuse rapproche assez facilement le lyricisme du Bar kokhba. La guest etonnante, c'est la chanteuse de Cibo matto qui vient pousser la chansonnette sur 4 titres, apportant evidemment encore plus de douceur par sa voix assez cristalline. Le line up est classique : Wollesen au vibraphone, Baptista au percus, Trevor Dunn à la basse acoustique a priori, Puis Marc ribot, qui tient la bande son à bout de bras. C'est effectivement son incroyable feeling et son jeu d'une virtuosité sans égal qui transparait essentiellement tout au long des 12 titres.Pour la petite histoire, une loi juive orthodoxe interdit le chant des femmes en public, et les chansons à partie vocale ne furent pas incluse dans le documentaire (ce qui demeure un beau gachis). Le fameux documentaire fut diffusé sur une chaine du cable américain, et vous pouvez le trouver en vente en ligne en dvd, avec une pochette assez évocatrice. Je ne l'ai pas acheté personnellement, mais j'aimerai bien le voir. La bande son est quand a elle achat obligatoire...
mardi 28 décembre 2010
JOHN ZORN - Filmworks XIII (Invitation to a suicide)
Poursuite retrospective de la serie des filmworks de John Zorn, débuté en 1986 et se poursuivant inlassablement de nos jours. On retrouve tout cette serie dans la archival serie de Tzadik, qui couvre tous les enregistrements que sort le compositeur new yorkais de nos jours. Le Filmworks XIII date de 2002, et demeure le dernier chapitre de la trilogie couvrant un seul et unique film.« Invitation to a suicide » est une comédie noire de Loren Marsh, dont nous n'avont jamais vraiment entendu parler de par chez nous, contrairement à des classiques du genre comme « Fargo » des fréres Cohen. L'histoire raconte comment un jeune immigrant polonais très pauvre vendra des tickets pour le show de son suicide programmé (une pendaison) afin de sauver son pére dont la tête est mise à prix 10 000 $ par un mafieux russe. Un film qu'il faudra que je visionne prochainement, si l'un d'entre vous l'a vu, qu'il nous donne son impression.
John Zorn nous fait son méa culpa dans le livret en avouant qu'il est de moins en moins tenté de jouer du saxophone, car il pratique depuis longtemps et que la surprise est de moins en moins présente, soit tout l'inverse de la phase de composition, qui continue à le passionner de manière croissante avec les années.Un coup de téléphone du realisateur qui souhaite travailler avec Zorn. La particularité, c'est qu'il souhaite avoir la musique avant le montage, pour parfaitement adapter la musique aux images, dans la tradition Morricone/Leone entre autre. L'idée ravis le compositeur new yorkais, mais la vision des rushes ne le convint guère : il n'est pas familier du genre comédie et ne capte pas l'essence du film pour en faire une bonne bande son. Il commence à réfléchir, écouter certains de ses travaux avec Marsh, puis délaisse le projet pour d'autre occupations. Quelques semaines passent, Zorn a quelques remords et doutes, les images du film reste dans sa tête. Il commence à re-travailler les compositions, change quelques notes par çi par la, modifie quelques harmonies et rythmiques, puis tout s'éclaire, il pense enfin tenir les bonnes partitions. Appel aux musiciens, coup de bol, tous le monde est dispo, rendez vous pris au studio de Jamie Saft le lendemain. Zorn est un travailleur acharné, apparement même assez stricte et laborieux avec les musiciens en leur demandant une concentration de tous les instants et une loyauté « inconditionnelle ». On notera cependant que le cercle des musiciens de Zorn revient toujours aussi, prouvant ainsi sa loyauté et soutien envers ses collaborateurs et amis. L'intensité et l'alchimie musicale fut apparemment au dela de toute espérance sur ce filmworks : le groupe joua comme si il l'avait fait durant des années. Trevor Dunn est parfait à la basse, Erik Friedlander apporte un lyrisme mortel au violoncelle, Kenny Wollesen apporte une facétie superbe au marimba et percussions, Ribot est un génie comme d'hab'. L'intégration pour la première fois de Rob Burger à un filmworks est brillante, son accordéon apporte une touche unique à cette bande son (on le retrouvera assez souvent par la suite d'ailleurs). Au final, dix huit titres absolument géniaux d'un lyrisme bouleversant, le final du disque est quand à lui...surprenant (disons que Trevor Dunn n'a pas du être dépaysé (lol). Bref, un classique Zornien comme on a coutume de dire...
Le mot de la fin pour John Zorn
« Conduire cette musique fut un enthousiasme spécial réservé à ce qu'on appelle un moment « clé ». Ils ont été peu nombreux dans ma vie : finir « Lacrosse » mon premier game piece, la longue semaine d'enregistrement de « Spillane », ecrire les premières Harcore pieces de Naked city, en studio en enregistrant « Kristallnacht », le premier concert de Masada, ou composer mon concerto pour violons « contes de fées ». Ces beaux moments semblent magique, peut être inspirer divinement. Quand nous avons quitté le studio cette nuit la, chacun savait que quelque chose de très spécial s'était déroulé. Cette musique n'est pas seulement l'une de mes meilleures bandes sons, c'était un de ses « moments ». »
vendredi 10 décembre 2010
JOHN ZORN - Filmworks XII (Three documentaries)
Poursuite retrospective de la serie des filmworks de John Zorn, débuté en 1986 et se poursuivant inlassablement de nos jours. On retrouve tout cette serie dans la archival serie de Tzadik, qui couvre tous les enregistrements que sort le compositeur new yorkais de nos jours. Le Filmworks XII date de 2002, et couvre trois documentaires différents d'ou l'appelation "three documentaries" (Second volume d'une serie de 3 filmworks sortis à la suite en 2002)Le premier documentaire est réalisé par Charles Dennis et fête les vingt ans d'un club du East village de Manhattan, le ps 122 ("performance space"), spécialisé dans la danse. Un club que Zorn a apparement pas mal fréquenter dans ses jeunes années pour ses travaux avec des danseurs, des festivals d'improvisation, et même la première de son game piece « darts » qui eut lieu en 1983. Le staff du club a toujours apprécier sa musique, et c'est donc en tout bien, tout honneur que Zorn réalisa la bande son de « Homecoming ». Différentes rythmiques, atmosphères et textures furent créer pour tout coller à l'univers de la danse. Une pointe de minimalisme perdure sur « the well tuned... » même si le compositeur déclare avoir été à contre courant de ce mouvement en offrant tout au long de sa carrière une approche plutôt maximaliste et un mélange volontaire des styles.
Zorn reconnaît cependant avoir été influencé dans les galeries de Soho et Oddball par les cadors du genre (Phillip Glass, Steve Reich, LaMonte Young et Terry Riley) et qu'on peut reconnaître des touches minimalistes et répétitives dans certaines de ses oeuvres. Magnifique titre d'ouverture avec Jennifer Charles qui nous gratifie de son unique et magnifique voix (ça ressemble à du Reich effectivement). Puis quatre titres typés danse effectivement, avec Mark Feldman au violon, Zorn à l'orgue et au piano, et un featuring de Jamie saft au piano sur un titre. Pas incontournable, mais une bande son qui doit parfaitement collé au sujet...A l'inverse de « Homecoming », John Zorn paraît un peu évasif et douteux sur le documentaire « Shaolin Ulysses », dirigé par Martha Burr et Mei-juin Chen (avec qui il a déjà bosser sur « Hollywood hotel » (1994, filmworks III)). Le compositeur n'arrivait pas à se faire un avis positif sur le documentaire : raconter l'insertion et la nouvelle vie de moines Shaolin venus immigrer aux USA, ça aurait pu être une belle histoire.
Mais ces derniers vivent désormais à Brooklyn, au Texas ou à Las Vegas, le documentaire tombe apparement dans le stéréotype et la caricature. De plus, le montage final ajoutera beaucoup d'autres musiques (issus du nouveau mode de vie des moines, on y retrouve donc de la salsa, du hip hop, de la musique traditionnelle chinoise ou du jazz), ce qui ne plait pas vraiment à Zorn qui trouve le documentaire un peu gaché. A titre personnel, le compositeur est cependant très satisfait de son boulot : les riminiscences asiatiques du Filmworks VIII ayant été réussis, on appréciera le retour de Min Xiao-Fen avec sa pipa, qui se livre sur 23 titres à un grand duel avec la guitare de Marc Ribot, magistral une fois de plus. Roberto Rodriguez et Cyro Baptista aux percussions et la première incursion de Trevor Dunn à la basse sur un filmwork, qui mine de rien fait un boulot colossal sur ce documentaire. « Shaolin Ulysses » est d'ailleurs un brillant exemple du génie de Zorn de manier différents styles : sur une base asiatique (le fabuleux titre d'ouverture digne d'un Morricone), les titres évoluent vers des contrées lointaines, tantôt hispanique ou brésilienne (« shaolin mambo » »shaolin bossa »), et n'oublie jamais d'être au service de l'émotion quand il le faut (« temple song » « nostalgia »). Une bande son sublime dans le genre, une vraie réussite pour le 7eme art qui aurait pu d'ailleurs s'adapter à beaucoup d'autres films...Morton Bartlett est un photographe underground new yorkais marginal, toujours plus ou moins dans l'ombre de Henry Darger, et ceux malgrés des travaux uniques et personnels. Son dada ? La conception et fabrication de poupées avec des vêtements cousus mains, mise en situation, puis photographiées avec des jeux de lumières pour rendre une vertue dramatique à un objet à priori innocent (cf : artwork de ce filmworks entre autre). Orphelin, il ne se serait jamais marié, et aurait vécus seul durant quasiment toute sa vie; Décédé en 1992, ses oeuvres furent découvert aprés sa mort. John Zorn découvre ses travaux dans une galerie d'art new yorkaise au milieu des années 90, et devient rapidement ami avec Marion Harris, une femme qui s'occupe de vendre et manager l'héritage de Bartlett (une des poupées se serait vendus 110 000 $ en 2008). Lorsque cette dernière lui apprend que sa fille prépare un court documentaire sur Morton Bartlett, il propose rapidement ses services pour en faire la musique. Peu d'informations sur ce « Family found », on peut en déduire la durée étant donné la bande son fournie par John Zorn, un seul et unique titre décliné en quatre variantes : la première voix et violoncelle su-bli-me (avec de nouveau Jennifer Charles, elle était en studio, Zorn l'a exploité à fond à priori), puis trois variantes superbes au violoncelle proposé par le coutumier Erik Friedlander, eternellement bon dans son registre...
Trois documentaires, trois univers, trois bandes sons différentes, Zorn se montre eclectique et inspiré sur un volume brillant de la série des filmworks...
dimanche 5 décembre 2010
JOHN ZORN - Filmworks XI (Secret lives)
Poursuite retrospective de la serie des filmworks de John Zorn, débuté en 1986 et se poursuivant inlassablement de nos jours. On retrouve tout cette serie dans la archival serie de Tzadik, qui couvre tous les enregistrements que sort le compositeur new yorkais de nos jours. Le Filmworks XI date de 2002, et couvre un documentaire émouvant qui s'intitule "secret lives" (Premier volume d'une serie de 3 filmworks sortis à la suite en 2002)Le documentaire "secret lives" couvre donc le sujet hautement grave et important historiquement des enfants juifs qui furent cachés par des familles non juives lors de la seconde guerre mondiale et de l'occupation nazi. Un fait certes assez rare, mais qui eu bien lieu dans les differents pays d'Europe sous l'occupation allemande, ces familles altruistes risquant totalement leur vie afin d'en protéger une complétement innocente des horreurs de la guerre. Un lien émotionnellement trés fort lie donc ces enfants à leurs familles de protection, qu'ils considérent pour la plupart comme une famille d'adoption, la plupart des parents juifs étant décédés dans les camps de concentration. Beaucoups de sentiments devaient être ressentis dans le documentaire (peur, angoisse, soulagement, tension, tristesse, gaieté, etc...) donc la musique avait un rôle capital. Son réalisateur pensa à John Zorn, compositeur en plein developpement de ses racines juives avec Masada et ses dérivés, et qui composa le documentaire du filmworks VIII, qui était dans une même veine.
Les premières discussions entre Zorn et Aviva Slesin et ses collaborateurs ne se déroulèrent pas trés bien : beaucoup de provocations, les producteurs avaient des idées en tête, une bande son avec du piano, etc, ce qui agaca le compositeur New Yorkais qui faillit décliner l'offre. Mais ce dernier aimait beaucoup le documentaire, il leur demanda le service de lui laisser carte blanche et d'avoir confiance en lui. Ils acceptérent, non sans masquer une certaine appréhension. Zorn avait en tête des cordes dans sa tête, il convoque sans tarder Jamie saft pour enregistrer (ce dernier est aussi au piano sur un titre assez jazzy), puis le masada string trio pour interpréter les 21 titres de l'opus. Dés ce "Yesoma" d'ouverture, comment ne pas frissonner d'émotions ? Les violons magnifique, et la voix de Vanessa Saft qui entonne cette espèce de berceuse aussi triste que desespérée, élément indéniable puisque on traite içi d'un passage marquant de l'enfance. Un des titres les plus magnifiques extrait de filmworks. Le reste oscille entre tension, drame, lyrisme et espoir. Plusieurs morceaux sont déclinés en plusieurs variantes selon les passages du documentaire, le couple Saft apporte donc quelques petites variantes sur trois titres, et la cohésion absolu du masada string trio donne vie aux morceaux imaginés par John Zorn, qui remercie d'ailleurs les producteurs de l'avoir laissé suivre ses instincts.Tous les protagonistes furent comblé de ce volume trés réussis. Avec ses légères intonations juives, la musique présente n'en reste pas moins profonde et mémorable. Un volume donc pleinement réussis, débutant l'année 2002 dans une veine filmographique splendide...
dimanche 28 novembre 2010
JOHN ZORN - Filmworks X (In the mirror of Maya Deren)
La section Archival series est, comme son nom l'indique, une sous division de Tzadik crée à l'époque pour rééditer tous les travaux de Zorn diffcile à trouver dans leur première édition (aujourd'hui, Zorn y publie l'intégralité de son oeuvre, et pas seulement des archives). Le filmworks X est la musique d'un documentaire couvrant la vie de la réalisatrice d'origine russe Maya Deren, sortis en 2001.Fille d'un psychiatre juif émigrant aux États-Unis en 1922, elle fait ses études en Suisse et à New York. Licenciée en arts, elle débute dans le journalisme et s'occupe de danse, de poésie puis d'anthropologie. Elle fait la rencontre du cinéaste Alexander Hammid avec qui elle réalise Meshes of the Afternoon en 1943, marquant un avant-gardiste américain proche de Cocteau. Ses films de chambre qui suivirent incorporent de plus en plus la danse ou l'expression corporelle. Grâce à une première bourse décernée par la fondation Guggenheim, elle fait des recherches sur des rituels vaudous en Haïti, qui en résultera un livre Divine Horsemen (1953) et un film de 5 heures, que la mort l'empêchera de monter. Elle est l'auteur d'un recueil de texte sur l'art, la forme et le film. Avec Amos Vogel, elle crée la Creative Film Foundation puis en 1953, elle participa à l'existence éphémère de l'indépendant Film-makers Association, première tentative de regroupement des cinéastes expérimentaux américains. elle décédera en 1961 à New York.
lorsque Martina Kudlacek décide de réaliser un documentaire sur cette personnalité importante de l'underground new-yorkaise, elle avoue être trés nerveuse car elle sait l'importance d'une bonne bande son au sein d'un film, qui peut changer le rythme, la perception du spectateur ou la qualité emotionnelle de la narration filmique. Elle possède un exemplaire de "taboo and exile", dont l'artwork se rapproche assez facilement de l'univers de Maya Deren. Le choix de John Zorn s'avère être une evidence : Il est new yorkais (comme elle même), ami avec Henry Hills (qu'elle connait bien aussi) et demeure fan de l'univers de Maya Deren.De son coté, John Zorn a de suite été emballé par la proposition, et s'attela à proposer des travaux émotionnellement fort. La base de travail fût simple à trouver : exploiter les racines juive de la réalisatrice (née en Russie, parents immigré juif), sa fascination pour les rituelles et la danse (particulièrement les rituels vaudou en Haïti) et son amour pour la musique classique. Zorn decida de conserver le line up du filmworks précédent, à l'exception de Chris Speed qui fut remplacer par Erik Friedlander. Jamie Saft au piano et orgue, Cyro Baptista aux percussions et Zorn lui même aux percussions et piano sur quelques titres, qui avouera que créer ce disque sera un véritable plaisir pour lui.
15 titres absolument magnifique ressortiront de cette session, naviguant entre musique classique, easy listening, percussions haïtiennes, gamelan indonésien et atmosphère rituelle vaudou collant parfaitement avec les films de Maya Deren, que John Zorn connaissait sur le bout des doigts de toute façon.
L'un des filmworks les plus populaires des Zornologues, et certainement l'un des plus beau lyriquement parlant, c'est un véritable chef d'oeuvre qui n'a aucune emprise sur le temps, et que Maya Deren aurait elle même apprécier, on peut en être quasiment sur...
mercredi 7 octobre 2009
JOHN ZORN - Filmworks IX (Trembling before G-d)
La section Archival series est, comme son nom l'indique, une sous division de Tzadik crée à l'époque pour rééditer tous les travaux de Zorn diffcile à trouver dans leur première édition (aujourd'hui, Zorn y publie l'intégralité de son oeuvre, et pas seulement des archives). Le filmworks IX couvre un documentaire polémique à propos de la communauté Hassidique juive homosexuelle, qui a bénéficié d'une enorme exposition, étant diffusé au festival Sundance de NY en 2001, et ayant reçus des prix au festival du film de Berlin et de Chicago en 2001.Un documentaire assez connu dans le cercle juif et dont le sujet a trop été souvent passé sous silence par rapport à certains codes déontologiques. Ce filmworks a d'ailleurs parfois été le point de départ d'une controverse concernant la sexualité du compositeur, mais cela ne nous regarde pas...La thématique principale s'axe autour des réactions de la communauté orthodoxes juives face à l'homosexualité cachée de certains de ses membres, et comment ces derniers pouvaient tenter de réconcilier leur foi et leurs pratiques sexuelles (que la religion considère comme une perversion). Un travail colossal fut effectué au travers de nombreux témoignages de gays et lesbiennes juifs à travers le monde, même si peu d'entre eux témoignent à visage découvert de peur d'être chassé par leur communauté.
Parmis tous les réalisateurs de films avec lesquels il a travaillé, John Zorn admit que les créateurs de "trembling before G-D" furent les plus gentils et sympathiques. Des fervents de l'oeuvre de Zorn, et notamment du morceau "Idalah-abal" present sur le premier disque du Bar Kokhba ou le duo John Medeski-Chris Speed éxécutait une superbe complainte sombre orgue-clarinette. C'est dans cette même veine que la collaboration musicale prit tournure, même si Medeski n'était pas disponible et qu'il fût remplacé au pied levé par Jamie Saft, dont le studio d'enregistrement à Brooklyn sera mis à contribution aprés la fermeture du Shelley palmer studio à Manhattan (ou la plupart des filmworks avaient été enregistré).
L'association de Chris Speed et de Jamie Saft fonctionne à merveille et 16 titres sortent en un jour, pour une bande son certes fort sombre, notamment avec l'utilisation récurrente de l'orgue (à la place du piano), donnant toujour
s l'impression d'une veille funéraire. Un défis stimulant pour Zorn, mais certes un peu trop original pour les réalisateurs qui ne tardent pas à émettre quelques doutes sur la cohérence avec le sujet, certes grave, mais pas fataliste pour autant. Malgrés une bande son franchement belle, la sanction tombe trés vite : "nous aimons la musique, mais n'utiliserons que deux morceaux". Deux sur seize, ce n'est pas lourd, et Zorn déteste que l'on critique sa vision d'une bande son (selon son humeur, il aurait pu laisser tomber, et passer complétement à autre chose...). Mais les gars étaient si sympathiques et le documentaire si bon qu'il se persuada de trouver une solution, quite à enregistrer encore un peu de matos (2 titres supplémentaires avec Cyro Baptista en l'occurence). Face à la perplexité des cinéastes, Zorn voulut donner l'affaire à Frank London, mais ce dernier lui conseilla d'en parler avec eux. Zorn se rendit dans le quartier de Soho à la boite de prod pour aider les producteurs à placer les morceaux dans le documentaire (chose qu'il n'avait jamais fait auparavant),en 3 heures, l'affaire fut bouclé, et l'expérience devint ainsi constructive...Une bande son unique grâce notamment au choix trés particulier de l'association de deux instruments dont l'un n'appartenant pas du tout au folklore juif (l'orgue). Apportant toujours son lot d'émotions et de mélancolie, le filmworks IX réussit a plonger le spectateur dans un sujet grave tout en apportant une lueur d'espoir. Et le sujet du documentaire tenait tellement à coeur à John Zorn que ce fut pour lui un véritable honneur de participer à sa construction...
dimanche 27 septembre 2009
JOHN ZORN - Filmworks VIII (1997)
La section Archival series est, comme son nom l'indique, une sous division de Tzadik crée à l'époque pour rééditer tous les travaux de Zorn diffcile à trouver dans leur première édition (aujourd'hui, Zorn y publie l'intégralité de son oeuvre, et pas seulement des archives). Le filmworks VIII regroupe deux oeuvres qui ont toutes les deux vue le jour en 1997, d'ou l'appellation simple de "1997" sur la couverture jaune."The port of last resort" est un documentaire sur la fuite des réfugiés juifs à Shanghaï pour échapper à l'Allemagne nazi dans les années 30. Une part de l'histoire et du martyr des juifs assez méconnu, résumé avec des images d'archives en noir et blanc dans un documentaire qui demeure toujours aujourd'hui largement disponible. Zorn fut contacté à la fin de l'année 1997 et mit au point l'idée de travailler avec Min Xiao-fen, joueuse émérite de Pipa (instrument traditionel chinois) rencontré quelques mois plus tôt (la connexion avec Shanghaï étant évidente). Le croisement entre la culture asiatique et juive proposé dans cette bande son et la rapidité d'enregistrement du cercle Zornien ne fut pas chose évidente pour elle, mais elle s'adapta avec brio et propose une fraicheur indéniable sur ce documentaire.
Le Masada string trio agrémenté d'Anthony Coleman au piano et de Marc Ribot à la guitare compléte l'équipe, dont Zorn couvre toujours autant d'éloge, confirmant leurs mérites à atteindre un but commun, et la manière quasi télépathique dont le final est rendu pour des musiciens de haute volée. Sur les 11 titres, deux furent répétés avec William Winant lors d'une répétition au japon, quatre sont extrait du premier Masada songbook. Les trois meilleurs morceaux (dont un "Ruan" décliné en trois versions différentes pour guitare, piano et pipa, de loin le plus beau titre du disque) ont quand à eux été écrit spécialement pour le documentaire : innaproprié de convoquer le Masada original, c'est grâce aux origines asiatiques du sujet que John Zorn eut l'idée de mettre en place une nouvelle formation. Au final, cette bande son s'avère un disque a part entière, aussi bien dans la longueur que dans la beauté, c'est une oeuvre importante des Filmworks...
La seconde partie de ce Filmworks contient dix titres pour un exotique porno gay intitulé "Latin boys go to hell". Pour avoir vu la bande annonce du film, je ne sais pas si on peut parler vraiment de porno, mais plutôt de cinéma gay, car le film semble avoir une vraie histoire et intrigue, sur fond de fond de relation homo hispanique. Le nom du compositeur New Yorkais ne sera de toute façon pas associé au film, explication : Aprés avoir vu le film, Zorn refusa au premier abord de s'en occuper, il ne sentait pas qualifié pour en faire la bande son, et disa à la réalisatrice Ela Troyano (une amie de trés longue date) qu'elle ferait mieux de contacter Marc Ribot qui était
dans sa période trés latine avec son projet cubain Postizos. Devant l'insistance de Ela, le compositeur réfléchit à la possibilité de créer une soundtrack tout en percussion, idée qui fut vite réfoulé, la réalisatrice pensant associer Ribot à Zorn. Ce dernier, véxé, l'envois chier...Un mois plus tard, Zorn vient au nouvelles, et se rend compte que la réalisatrice n'a contacté personne d'autre et demeure au point mort. Il re-propose ses services à condition qu'il puisse lui fournir le résultat final sans être dérangé. Le final sera une catastrophe, non seulement Ela Troyano n'utilisa pas le bande son de Zorn, mais mettra en sus du rock assez ringard et du disco générique. John Zorn demanda à ce que son nom ne figure pas au générique et déclara que c'était l'une des relations de boulot les plus foireuses qu'il eut pour une bande son de film. Certes, la vision Zornienne était trop avant gardiste à priori : une bande son avec uniquement Cyro Baptista aux percus et Kenny Wollesen au marimba. Brillante dans le genre, ambiancé comme il se doit, mais peut être un peu limité pour un film à l'intrigue dramatico-amoureuse sur fond de jeunes bronzés, musclés et gay.
Un volume VIII qui compte surtout pour la brillante bande son du documentaire, une des plus belles qu'il ait composé selon Zorn lui même. Oeuvre singulière qui offre une brillante exposition au Masada string trio, qu'on retrouvera assez vite sur d'autres filmworks...
lundi 14 septembre 2009
JOHN ZORN - Filmworks VII (Cynical hysterie hour)
La section Archival series est, comme son nom l'indique, une sous division de Tzadik crée à l'époque pour rééditer tous les travaux de Zorn diffcile à trouver dans leur première édition (aujourd'hui, Zorn y publie l'intégralité de son oeuvre, et pas seulement des archives). Le filmworks VII fut certainement le plus compliqué à réédité de la part de son auteur : longtemps considéré comme le Saint Graal des zornologues, ce n'est qu'en 1997, soit 7 ans aprés sa sortie originel que "Cynical hysterie hour" fut de nouveau disponible.Nous sommes en 1984 à Tokyo. John Zorn est en voyage au pays du soleil levant (la France et le Japon sont ses deux pays de prédilection hors NY), s'amuse à faire le con avec Haino Keiji, et découvre les vertus des Boredoms (c'est durant cette période ou il rencontre Yamatsuka eye). Il créche chez Yuji Takahashi, compositeur avant gardiste de renom au Japon et ami, qui lui présente Kiriko Kubo, une jeune dessinatrice de talent. Ils deviennent rapidement amis et c'est assez naturellement que kiriko s'occupe de l'artwork de la 1ere version de "Cobra". Quelques années plus tard, lorsque cette dernière décide de mettre ses dessins en animation, John Zorn décide à son tour de rendre service à la jeune japonaise en créant la musique de ces quatre dessins animés de 7 minutes chacun.
John Zorn a toujours voué depuis sa plus tendre enfance un intérêt particulier pour les Cartoons. D'abord pour les images dans sa jeunesse, puis pour la musique ensuite, ce dernier citant sans cesse Carl Stalling (responsable des musiques des Warner bros) comme influence majeure. L'épreuve fut trés intimidante pour le compositeur (se tenter lui même à un style qu'il a beaucoup écouté), mais aussi un bon challenge de créer des sons originaux en adéquation avec l'univers des personnages de Kubo. Les grandes thématiques de ce filmworks tournent autour d'instruments à corde sombres, de guitares punk, ou de percussions lanscinentes. Des premiers tests concluants furent enregistrés et approuvés par la réalisatrice (disponible sur le filmworks III), l'oeuvre pouvait démarrer.

On distingue 4 sessions d'enregistrements, comme pour les 4 dessins animés présents. Le cercle Zornien circa 80's est présent au quasi complet, pour un trés beau line up. 23 titres pour 25 minutes de musique, c'est peu mais le contenu est assez dense. L'intégralité s'écoute avec beaucoup de plaisir, le travail de composition est sublime et le résultat est vraiment unique en son genre. On saluera les prestations epoustouflantes de Carol Emmanuel à la harpe, de Cyro Baptista aux percus, le Banjo de Bill Frisell ou les guitares punk de Ribot et Quine.
Le disque sortis contractuellement sur une filiale de Sony japon en 1990, puit fût retiré du marché aprés quelques mois. Lors du lancement de Tzadik en 1995, John Zorn souhaita récupérer les bandes de ces travaux afin de les rééditer. Sony ne répondit même pas à ses coups de fils en 1996, l'ignorant prodigieusement. Tout le monde pensa que le disque original constiturait l'élément rare de la discographie Zornienne, depuis longtemps Out of print. Masada fût programmé 10 jours durant décembre 1996 pour jouer au Knitting Factory. Le patron du club apprit à Zorn que Sony voulait récupérer une des soirées le Knitting afin d'organiser une fête pour son personnel. Le première réponse du New Yorkais fût "No Way-tell them to Fuck off", puis il repensa à tous ses enregistrements que Sony lui a gelé pendant des années; Peut être pourrait il proposer à un échange de bon procédés ? Le deal fût accepter (preuve que Sony n'en avait rien à foutre des travaux zornien) et ce disque parut l'année d'aprés.
Nous sommes chanceux que le patron du Knitting factory ait bien gérer le deal. "Cynical hysterie hour" est une oeuvre essentielle de la discographie de John Zorn. La musique de Cartoon est un art à part entière qui requiert une imagination fertile et un esprit de synthése puisque le format est de courte durée. Ce filmworks VII nous montre toutes ces qualités, avec une classe propre aux plus grands. Carl Stalling a de quoi être fier...
dimanche 30 août 2009
JOHN ZORN - Filmworks VI (1996)
La section Archival series est, comme son nom l'indique, une sous division de Tzadik crée à l'époque pour rééditer tous les travaux de Zorn diffcile à trouver dans leur première édition (aujourd'hui, Zorn y publie l'intégralité de son oeuvre, et pas seulement des archives). Le filmworks VI fut le troisième Filmwork à sortir historiquement sur Tzadik (dans la foulée du volume V), un an seulement aprés sa création. Il est consacré aux travaux de Zorn pour le 7eme art durant l'année 1996, et demeure une petite compilation retrospective étant la variété des musiques présentes sur trois films radicalement différents.Zorn se sera fait démarcher par une jeune réalisatrice du nom de Dina Waxman pour son court métrage "Anton, mailman". Trés peu d'infos sur le net ou ailleurs à propos de cette oeuvre, on sait juste que la realisatrice n'eut plus le budget suffisant pour faire le mix des morceaux avec le film, et ces titres sont donc resté vacant (mais peut être ré-utilisé pour d'autres films dont on ignore l'existence...). C'est d'ailleurs un peu la poisse qui pourrait résumer l'historique de ce film, car la travail de Zorn n'a pas été simple. Cyro Baptista, Greg Cohen et Marc Ribot sont dans les rangs, trois de ses bons amis donc. Le quartuor arrive à leur studio habituel, et découvre un champs de bataille, les mecs de microsoft sont la pour résoudre des problèmes informatiques et éléctroniques. Entre bruits intempestifs, équipement qui déconne, lampe d'amplis grillés et larsens, ils mettront deux bonnes heures avant de se rendre compte que le studio d'enregistrement ne fonctionne pas. Forcé de réemballer le matos et de trouver un studio à la dernière minute. De plus, Marc Ribot a été trés malade la veille et demeure sous antibiotiques ; Zorn se souvient être inquiet, qu'ils se demandaient régulièrement si il allait s'évanouir ou dégueuler avant la fin et qu'il était pâle comme un fantôme. Ils traversent NY et arrivent dans un autre studio ou ils n'ont plus que deux heures pour enregistrer les fameux quatres morceaux prévus. Le rendu final est excellent malgrés les circonstances, le compositeur le concéde lui même. On assiste en quatre morceaux à l'une des premières incursions de John Zorn dans l'univers de l'easy listening, à la manière de The gift ou the dreamers. Quatre superbe morceaux Hawaien d'esprit, avec un cyro baptista excellent (Zorn ne soufflant dans le bec que sur un titre), un greg Cohen solide, et un Ribot impérial malgrés son état de santé...
Henry Hills est un réalisateur underground New yorkais pure souche, amis depuis longtemps avec John Zorn. Un dvd regroupant la plupart de ses courts métrages est sortis il y a peu sur tzadik, et il a aussi fait les clips vidéos de trois chansons de Naked city (notamment celle de Batman qu'on retrouve facilement sur la toile). Si Hills avait déja emprunté les oeuvres de Zorn pour ses films, c'est la première fois en 1996 que Zorn travailla sur une bande son destiné à un court métrage de son pote (qui procéde à des montages rythmiquement complexe, d'ou la nécéssité de reste sur du format court). Enregistré et mixé en un jour, avec un line up zornien classique (violon, violoncelle, guitare, électronique) soit Feldman/Friedlander/Ribot/Mori, Zorn s'occupant d'orchestrer le tout. Classique miniature, ambiant, ou improvisation bruitiste pure et dure, c'est du bon boulot même si pas forcément de l'incontournable. Il serait intéréssant de voir l'utilisation de ses pièces sonores dans le cadre du film "Mechanics of the brain", un court métrage brutal et frontal inspiré par un documentaire de Pudovkin à propos d'expérimentations sur le cerveau humain. Hélas, ce film ne se trouve pas sur le dvd Tzadik apparement...
Pour finir, la bande son d'un film intitulé "The black glove" datant de 1996 egalemment donc. La seconde bande son de John Zorn pour la réalisatrice Maria Beatty, spécialisé dans les films sado-masochiste lesbien en noir et blanc (on retrouve deux de ses autres films dans la même veine sur le filmworks IV "S/M & more"). Une relation d'amitié lie avant tout entre ses deux protagonistes, Zorn travaillant gratuitement pour Beatty. Gratuité oblige, c'est seul une nouvel fois que John Zorn officie, afin de créer une bande son lente et lanscinante afin de faire ressortir l'intensité des images sans les cannibaliser. Les images sont dans la mouvance classique S/M (Bondage à cagoule, chaine, corde, couteau, cire chaude et humiliation), mais garde toujours un aspect artistique par le grain des images, le coté noir et blanc et un rythme hypnotique. De ce point de vue la, les deux pièces electro-acoustiques proposé par le New yorkais sont bonnes, car elles tiennent le spectateur dans un état de léthargie cérébrale. On perçoit ici le talent de Zorn de faire de l'ambiant avec peu d'éléments, puisque celui çi utilise uniquement des sonorités issus du vent, de l'eau et du feu. Un peu comme son hommage à Varése sur "Music for children", mais peut être cette fois plus écoutable, quoique pas incontournable non plus...
Une année 1996 placé sous le signe de l'eccletisme pour le proprio de Tzadik, ses travaux pour films l'attestant. On retiendra surtout le premier film en tant que prémice d'une voie qu'il explorera grandement par la suite, et son art à travailler seul sur de l'ambiant. De l'easy listening au dark electro-acoustique, d'un film joyeux à une oeuvre S/M, John Zorn est unique...
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