Paru en 2002 sur la composer serie de Tzadik, "Live Electronic Music" de Gordon Mumma constitue un document essentiel pour comprendre l'émergence des musiques électroniques expérimentales et du live electronic américain des années 1960 et 1970. Pionnier indissociable de la Sonic Arts Union (aux côtés de Robert Ashley, Alvin Lucier et David Behrman) et collaborateur historique de la Merce Cunningham Dance Company, Gordon Mumma s'est démarqué dès la fin des années 1950 par sa pratique de la lutherie électronique artisanale. Là où la musique concrète parisienne ou le Studio de Cologne travaillaient sur bande magnétique en studio, Mumma a fait le choix de la scène et de l'instantanéité. Pour cela, il a conçu ses propres circuits imprimés et dispositifs électroniques analogiques sur mesure, qu'il appelait des « cybersonics » : des systèmes capables d'interagir en temps réel avec les instruments acoustiques, les interprètes et l'acoustique du lieu.
Cet album réunit quatre œuvres d'archive restaurées, capturées en concert entre 1964 et 1970, qui illustrent la radicalité et la diversité du travail de Mumma.
"Messa" ouvre le disque, un chef-d'œuvre de tension soutenue. Écrite en 1966 pour l'accordéon bandonéon de David Tudor, la pièce filtre et déforme le son de l'instrument à travers les circuits cybersoniques de Mumma. Le résultat est une nappe monumentale, industrielle et granuleuse, d'une intensité sonore quasi physique.
Suit "Hornpipe" de 1967, réalisée pour cor d'harmonie et électronique portée. Mumma joue du cor tout en portant sur lui un circuit électronique réactif qui analyse les résonances du lieu et les fréquences de l'instrument pour générer des réponses synthétiques en boucle. C'est l'un des tout premiers exemples d'électronique couplé à un instrument traditionel...Les deux dernières pièces sont également intéressante : "Medium Size Mograph" (1963), une pièce d'une grande nervosité pour piano à quatre mains (joué par Mumma et John Cage) couplé à des traitements électroniques, explorant des textures percussives et imprévisibles. Et "Dresden Interlocking" datant de 1970, spatiale et complexe, où les signaux sonores s'entrecroisent et se modulent mutuellement dans une dynamique sonore immersive.
Malgré l'ancienneté des bandes magnétiques d'origine, le mastering rendu possible par Tzadik restitue toute l'énergie et le grain analogique des concerts. Rien n'est pré-enregistré de manière figée. Les variations de tension électrique, l'acoustique des salles et l'improvisation font de chaque pièce une expérience organique et imprévisible. Cet album jette les bases de ce qui deviendra plus tard le circuit bending, la musique bruitiste (Noise), le drone et les musiques interactives contemporaines. Quand on sait aujourd'hui la place de ces musiques exigantes dans le paysage musical, on ne peut qu'être admiratif. "Live Electronic Music" n'est pas seulement un objet d'archive pour musicologues ; c'est une expérience d'écoute intense, brute et fascinante qui témoigne d'une époque où composer et improviser la musique "électronique" exigeait de fabriquer ses propres machines. Al'heure de la modernité toute puissante, de l'IA, et la facilité d’accès à du matériel, on reste un brin songeur...
Suit "Hornpipe" de 1967, réalisée pour cor d'harmonie et électronique portée. Mumma joue du cor tout en portant sur lui un circuit électronique réactif qui analyse les résonances du lieu et les fréquences de l'instrument pour générer des réponses synthétiques en boucle. C'est l'un des tout premiers exemples d'électronique couplé à un instrument traditionel...Les deux dernières pièces sont également intéressante : "Medium Size Mograph" (1963), une pièce d'une grande nervosité pour piano à quatre mains (joué par Mumma et John Cage) couplé à des traitements électroniques, explorant des textures percussives et imprévisibles. Et "Dresden Interlocking" datant de 1970, spatiale et complexe, où les signaux sonores s'entrecroisent et se modulent mutuellement dans une dynamique sonore immersive.
Malgré l'ancienneté des bandes magnétiques d'origine, le mastering rendu possible par Tzadik restitue toute l'énergie et le grain analogique des concerts. Rien n'est pré-enregistré de manière figée. Les variations de tension électrique, l'acoustique des salles et l'improvisation font de chaque pièce une expérience organique et imprévisible. Cet album jette les bases de ce qui deviendra plus tard le circuit bending, la musique bruitiste (Noise), le drone et les musiques interactives contemporaines. Quand on sait aujourd'hui la place de ces musiques exigantes dans le paysage musical, on ne peut qu'être admiratif. "Live Electronic Music" n'est pas seulement un objet d'archive pour musicologues ; c'est une expérience d'écoute intense, brute et fascinante qui témoigne d'une époque où composer et improviser la musique "électronique" exigeait de fabriquer ses propres machines. Al'heure de la modernité toute puissante, de l'IA, et la facilité d’accès à du matériel, on reste un brin songeur...
