dimanche 30 août 2009

BILL BROVOLD - Childish delusions

La création d'une sous division au sein de la composer series intitulé "Fullforce, the new rock complexity" prouve l'affection de John Zorn pour des formations rock atypiques et débridés. En voici le premier volume, pourtant la 58 référence de la composer series.
Leader du groupe Larval, Bill Brovold se voit l’opportunité de sortir son opus solo sur le label Tzadik. Entièrement composé par ses soins, « childish… » se voit quand même accompagné par plusieurs membres de Larval, afin de donné naissance à un rock instrumental à mi chemin entre les 70’s et l’expérimental, complexe et toujours brillamment orchestré. On pense effectivement tour à tour à Henry Cow, Frank Zappa, Tom Waits ou encore King crimson. 10 titres vraiment super, ou divers instruments et ambiances se succèdent avec un petit goût rétro et une énergie créatrice addictive. Vous ajoutez à cela un brillant artwork décalé, toujours la classe absolu de la part du fleuron new yorkais, et vous obtenez un petit pan nécessaire de l’avant rock made in tzadik…

JOHN ZORN - Filmworks VI (1996)

La section Archival series est, comme son nom l'indique, une sous division de Tzadik crée à l'époque pour rééditer tous les travaux de Zorn diffcile à trouver dans leur première édition (aujourd'hui, Zorn y publie l'intégralité de son oeuvre, et pas seulement des archives). Le filmworks VI fut le troisième Filmwork à sortir historiquement sur Tzadik (dans la foulée du volume V), un an seulement aprés sa création. Il est consacré aux travaux de Zorn pour le 7eme art durant l'année 1996, et demeure une petite compilation retrospective étant la variété des musiques présentes sur trois films radicalement différents.

Zorn se sera fait démarcher par une jeune réalisatrice du nom de Dina Waxman pour son court métrage "Anton, mailman". Trés peu d'infos sur le net ou ailleurs à propos de cette oeuvre, on sait juste que la realisatrice n'eut plus le budget suffisant pour faire le mix des morceaux avec le film, et ces titres sont donc resté vacant (mais peut être ré-utilisé pour d'autres films dont on ignore l'existence...). C'est d'ailleurs un peu la poisse qui pourrait résumer l'historique de ce film, car la travail de Zorn n'a pas été simple. Cyro Baptista, Greg Cohen et Marc Ribot sont dans les rangs, trois de ses bons amis donc. Le quartuor arrive à leur studio habituel, et découvre un champs de bataille, les mecs de microsoft sont la pour résoudre des problèmes informatiques et éléctroniques. Entre bruits intempestifs, équipement qui déconne, lampe d'amplis grillés et larsens, ils mettront deux bonnes heures avant de se rendre compte que le studio d'enregistrement ne fonctionne pas. Forcé de réemballer le matos et de trouver un studio à la dernière minute. De plus, Marc Ribot a été trés malade la veille et demeure sous antibiotiques ; Zorn se souvient être inquiet, qu'ils se demandaient régulièrement si il allait s'évanouir ou dégueuler avant la fin et qu'il était pâle comme un fantôme. Ils traversent NY et arrivent dans un autre studio ou ils n'ont plus que deux heures pour enregistrer les fameux quatres morceaux prévus. Le rendu final est excellent malgrés les circonstances, le compositeur le concéde lui même. On assiste en quatre morceaux à l'une des premières incursions de John Zorn dans l'univers de l'easy listening, à la manière de The gift ou the dreamers. Quatre superbe morceaux Hawaien d'esprit, avec un cyro baptista excellent (Zorn ne soufflant dans le bec que sur un titre), un greg Cohen solide, et un Ribot impérial malgrés son état de santé...

Henry Hills est un réalisateur underground New yorkais pure souche, amis depuis longtemps avec John Zorn. Un dvd regroupant la plupart de ses courts métrages est sortis il y a peu sur tzadik, et il a aussi fait les clips vidéos de trois chansons de Naked city (notamment celle de Batman qu'on retrouve facilement sur la toile). Si Hills avait déja emprunté les oeuvres de Zorn pour ses films, c'est la première fois en 1996 que Zorn travailla sur une bande son destiné à un court métrage de son pote (qui procéde à des montages rythmiquement complexe, d'ou la nécéssité de reste sur du format court). Enregistré et mixé en un jour, avec un line up zornien classique (violon, violoncelle, guitare, électronique) soit Feldman/Friedlander/Ribot/Mori, Zorn s'occupant d'orchestrer le tout. Classique miniature, ambiant, ou improvisation bruitiste pure et dure, c'est du bon boulot même si pas forcément de l'incontournable. Il serait intéréssant de voir l'utilisation de ses pièces sonores dans le cadre du film "Mechanics of the brain", un court métrage brutal et frontal inspiré par un documentaire de Pudovkin à propos d'expérimentations sur le cerveau humain. Hélas, ce film ne se trouve pas sur le dvd Tzadik apparement...

Pour finir, la bande son d'un film intitulé "The black glove" datant de 1996 egalemment donc. La seconde bande son de John Zorn pour la réalisatrice Maria Beatty, spécialisé dans les films sado-masochiste lesbien en noir et blanc (on retrouve deux de ses autres films dans la même veine sur le filmworks IV "S/M & more"). Une relation d'amitié lie avant tout entre ses deux protagonistes, Zorn travaillant gratuitement pour Beatty. Gratuité oblige, c'est seul une nouvel fois que John Zorn officie, afin de créer une bande son lente et lanscinante afin de faire ressortir l'intensité des images sans les cannibaliser. Les images sont dans la mouvance classique S/M (Bondage à cagoule, chaine, corde, couteau, cire chaude et humiliation), mais garde toujours un aspect artistique par le grain des images, le coté noir et blanc et un rythme hypnotique. De ce point de vue la, les deux pièces electro-acoustiques proposé par le New yorkais sont bonnes, car elles tiennent le spectateur dans un état de léthargie cérébrale. On perçoit ici le talent de Zorn de faire de l'ambiant avec peu d'éléments, puisque celui çi utilise uniquement des sonorités issus du vent, de l'eau et du feu. Un peu comme son hommage à Varése sur "Music for children", mais peut être cette fois plus écoutable, quoique pas incontournable non plus...

Une année 1996 placé sous le signe de l'eccletisme pour le proprio de Tzadik, ses travaux pour films l'attestant. On retiendra surtout le premier film en tant que prémice d'une voie qu'il explorera grandement par la suite, et son art à travailler seul sur de l'ambiant. De l'easy listening au dark electro-acoustique, d'un film joyeux à une oeuvre S/M, John Zorn est unique...

LOIS V VIERK - River beneath the river

Lois Vierk, compositrice assez discrète vivant à NY, et étant plutôt axé sur le post-minimalisme. Son travail se base toujours sur un schéma à peu prés identique : une exploration des micro tonalités pour démarrer, jusqu’au développement d’une pièce par l’explosion intense d’un magma sonore bouillonnant, le tout suivant des structures très précises. On assiste en fait quasiment à un travail d’orfèvre en matière de composition, influencé notamment par la musique de cour ancestrale japonaise nommé le Gagaku (littéralement musique raffinée en japonais). Les deux premières compositions s’appuient autour de violons et violoncelles et tournent aux alentour de la quinzaine de minutes à chaque fois. Les deux dernières compositions sont nettement plus longues (on excède les 20 minutes) et nettement plus anciennes ; les instruments y sont aussi différent (trompette, trombone, etc…) mais tourne toujours de la même construction sonore. Il est difficile de décrire un tel disque, le mieux reste de l’écouter. Mais les amateurs expérimentaux pure souche seront ravis…

samedi 29 août 2009

LEE HYLA - Riff and transfiguration

Lee Hyla est un compositeur américain née en 1952, a travaillé avec une pléiade d’artistes et d’ensemble musicaux, travaille dans un conservatoire de musique prés de Boston, etc…Plus d'infos sur son site internet. Voici donc sa première collaboration avec le label de John Zorn. Rendant hommage au piano, ce disque nous offre déjà un bel artwork, comme à l’accoutumé pour tous les disques de Tzadik. 2 premiers morceaux débridés entame donc le disque, révélant au passage deux excellents musiciens. Puis vient ensuite le tour du titre « Amnesia variance », composé par un mini orchestre contenant de piano, violon, violoncelles, contre-basse ou encore de clarinette. Envoûtante et hypnotique, cette tirade de 10 minutes vous plongera dans les abysses de votre cerveau, marquant aussi les talents de Lee Hyla en tant qu’important compositeur américain de musique contemporaine. Le disque se termine sur le titre éponyme « riff and transfiguration », longue complainte de 18 minutes au piano ayant pour but de livrer différentes atmosphères avec un même instrument, qui réussit trés moyennement son objectif pour le coup, on vire assez vite au chiant. Un chapitre épisodique de la composer series...

mercredi 26 août 2009

MARK DE GLI ANTONI - Horse tricks

Compositeur et musicien au sein de son groupe Soul coughing, voici l’unique disque de compositeur de Mark de gli Antoni sur le label Tzadik. Paru en 1999, « Horse tricks » nous renvoie au travers de l’œuvre personnel de Mark et de sa vision de la composition. Et elle est en l’occurrence vraiment intéressante. Ponctué de montages sonores, de découpages incongrus et d’électro minimaliste, le méthode de travail du compositeur est étonnante : Il prend un morceau instrumental à l’improviste, le sample, le manipule et le re-mixe jusqu’à obtenir une nouvelle structure complètement remanié. Le résultat est assez fou, mais vraiment bon. Les 17 morceaux se partagent en trip hop fracassé, en electro trippé, en jazz re-fondu ou en musique d’ambiance purement expérimental. Imaginez en fait le travail de Moby sous acide, et vous obtiendrez un bref aperçu de « Horse tricks ». L’artwork est vraiment sublime, comme tous les disques de Tzadik pour tout dire. Un chapitre de la composer series moderne et vraiment captivant qui font de "Horse tricks" un opus à découvrir...

mardi 25 août 2009

STEVEN BERNSTEIN - Diaspora soul

Signé sur la division Radical Jewish culture (en hommage à la culture et l’héritage musicale juif), voici le premier disque estampillé Tzadik de Steven Bernstein, un des meilleur trompettiste de la downtown scene New Yorkaise, qui officie également au sein du groupe Sex mob. Ce « diaspora soul » est littéralement envoûtant du début à la fin. Son auteur y explique qu’il ne pouvait se résoudre à simplement reprendre des classiques de la musique juive ; il a donc emprunté certaines mélodies ou gimmicks, qu’il a marié à des rythmes cha-cha, des percussions afro-cubaines ou des sonorités soul et blues. Le tout étant ficelé avec une grande intelligence, et le renfort de musiciens talentueux faisant son effet (on reconnaît des artistes Tzadik : Paul Shapiro, Roberto Rodriguez, etc…), les 11 titres (12 en fait car il y a un morceau Dub à la fin) sont tous simplement splendides. Discret, rythmé, intimiste et relaxant, Steven Bernstein nous emmène dans des contrées ensoleillées proche de cuba grâce à ce disque tout simplement captivant…

lundi 24 août 2009

EARLE BROWN - Folio and four systems

Tribute à l’un des premiers compositeurs marginaux des USA axé sur la musique contemporaine, improvisée et avant gardiste. Son œuvre est caractérisée par ce qu’il a appelé l’« open form ». Ses compositions s’articulent en plusieurs parties dont l’ordre d’interprétation est laissé à la liberté du chef d’orchestre. Celui-ci indique de la main aux musiciens quelle partie jouer. Brown a inventé son propre système de notation musicale, ou l’improvisation occupe une place prépondérante dans son œuvre.Tzadik rend donc hommage au compositeur, en proposant à des artistes du label de reprendre à leur sauce les toutes premières compositions de Brown, écrites en 1952 et 1955, et qui avaient pour base de titres « folio » et « four systems », et qui se décomposait selon leur mois de composition. Le disque démarre avec l’unique pièce sonore d’époque joué par Brown (folio), puisque l’auteur est ensuite décédé en 2002. Une pièce sonore conduite par earle Brown en juin 1953 est également présente sur laquelle on retrouve entre autre Christian Wolff et Daniel Goode (auteur de disque sur Tzadik)Pour les participants au tribute, On saluera les prestations de Ron Kuivila, Morton Subotnik en électro, Stephen Drury au piano ou Wadada leo Smith et sa trompette magique. Une mention spéciale à Sylvie Couvoisier, puisque la pianiste Suisse ne fait en effet pas moins de deux apparitions ; l’une avec sa collègue de Mephista Ikue Mori dans un duo piano electro, et l’autre avec son collaborateur le plus proche, le violoniste Mark Feldman. Mention très spéciale à Merzbow, qui signe une tirade sonore de 8 minutes absolument dantesque…Bel hommage pour un compositeur en avance sur son temps. RIP

dimanche 23 août 2009

LUC FERRARI - Cellule 75

Trés grand nom de la musique contemporraine française. Pillier de la "musique concréte" française, élément majeure dans la création de pièces electro-acoustiques, Luc Ferrari aura trainer avec les plus grands, de Edgard Varése à Henri Pousseur, en passant John Cage ou son ami Olivier Maessien. Ferrari aura mis au point durant sa carrière un grand nombre de concepts au sein de ces travaux, exploitant parfois une certaine démarche minimaliste.

"Cellule 75" sera son seul disque sortis aux USA, et John Zorn connaissait l'importance de Ferrari au sein de la musicologie moderne française (et ce dernier a toujours été fan de la France et de son art). Ce disque est un brillant témoignage de l'avant gardisme du compositeur. On démarre en premier avec la composition "Cellule 75" de 31 minutes. Si je juge bien la chose, cette composition datant de 1975 a été enregistré beaucoup plus tard, certainement en 1996 ou 97. Deux compositeurs tzadik se retrouvent en effet dessus pour donner forme à une tirade aussi hypnotique qu'indescriptible. Chris Brown au piano et William Winant aux percus font un travail admirable. Enregistré au Mills college (ou ils sont tous les deux profs), Luc Ferrari vient a priori en renfort pour l'enregistrement (élément vital de la musique concrète) et pour les manipulations de bande magnétique. Un travail énorme et une composition qui met le cul par terre.

La seconde composition "place des abbesses" semble authentiquement daté de 1977. Enregistré avec les moyens de bord de l'époque, puisant son inspiration de cette place parisienne ou régne une certaine décadence dans les 70's, cette pièce de 24 minutes est un autre petit chef d'oeuvre de musique expérimentale brillante. Enorme travail sur les bandes magnétiques, avec une réflexion qui permet à tous moments de dégager des atmosphères sombre et mystérieuse, et la plupart du temps hypnotique. Une pièce sonore fantastique qui complète parfaitement "Cellule 75", rendant ainsi ce chapitre Tzadik quasi indispensable...

J'ai eu la chance de parler à Luc Ferrari, et c'était un compositeur dont le talent n'avait d'égal que sa gentillesse. Il s'est malheuresement éteint en aout 2005 à 76 ans, nous laissant une oeuvre globale splendide (y compris hors tzadik) que je recommande à tous. RIP

samedi 22 août 2009

GISBURG - Trust

Le dernier album de la compositrice Gisburg offert pour le label de John Zorn. Un artwork sobre pour un disque dans la même veine, basé sur un minimalisme contenu. Les 17 plages regroupe donc une histoire relatant les hauts et les bas d’un amour obsessionnel. Gisburg nous propose une travail narratif basé sur sa seule et propre voix : tantôt parlée, tantôt chantée lyriquement dans la veine d’un opéra contemporain, la voix troublante fait mouche quasiment à tous les coups et nous emporte dans un songe lointain, tel un enfant écoutant attentivement une histoire. La dernière plage nous révèle une composition plus traditionnelle tournant autour d’un string quartet interprété par le Cassatt quartet. Une composition sombre et dramatique intitulé « Anna », rappelant entre certaines compositions d’autres artistes du label. « Trust » reste donc un opus basé sur l’émotion et le déballage de sentiments. Paradoxalement, c'est le moins bon des disques de Gisburg pour Tzadik, mais ce dernier reste tout de même écoutable...

vendredi 21 août 2009

SYLVIE COURVOISIER - Signs and epigrams

Premier disque solo sur Tzadik pour Sylvie Courvoisier, après deux disques en compagnie de Mark Feldman, et une multitude d’apparitions diverses, que ce soit en compagnie de Zorn, le trio Mephista, ou autres apparitions diverses. On est presque étonné que ce disque n’est pas vu le jour plus tôt, étant donné la place importante de la pianiste suisse dans la downtown scene de NY de nos jours. « signs and epigrams » ne décevra pas les amateurs d’avant garde, car le piano ici présent ne se fait pas du tout classique, mais explore bien au contraire des sonorités atypiques, développant ainsi son propre langage, notamment à travers une technicité irréprochable et qui force l’admiration. « Meccania » est par exemple une composition basée sur l’intensification mécanique et graduelle de notes. Ce morceau est à l’image du disque, à savoir impressionnant et envoûtant. Une partie du disque (toute la série des « epigrams ») est basé sur l’improvisation, et le résultat atteint parfois des sommets. Disque atypique pour instrument classique, Sylvie Courvoisier justifie parfaitement sa présence dans la composer series de Tzadik, et signe un disque solo marquant et unique...